vendredi 13 mai 2016

Je t'aime Papa

Il s'est passé du temps...Le temps qui me sépare de vous, de ceux que j'aime.

Les événements s'imposent. Il est temps pour moi de transmettre. Mon père est mort ce matin.
Vraiment ? Oui il est mort ce matin, de dimanche. En 1956 lors des "événements" d'Algérie, il avait reçu une balle en pleine tête, rue d'Isly. Les chirurgiens ne pouvaient retirer le plomb de son crâne sans le tuer immédiatement. Il a donc passé plusieurs mois dans le comas, ma grande tante Olinda à son chevet quotidien sans espoir de recouvrer la vie ; coupé de sa France natale.J'imagine revivant ses années Bretonnes, ses rêves de jeunesse, ses premières amours. Il avait voulu rejoindre l'Eldorado promis par l'Etat Français : l'Algérie dans les années 40. Commerçant, il vendait et représentait la plus grande marque Européenne en Afrique du nord, une réussite.

Les tensions s'accentuaient en Algérie, quelques autonomistes puis indépendantistes vinrent s'intéresser à ses résultats,une rumeur d'agression d'une minorité des citoyens Algériens de l'époque. Il s'était enfouraillé pour se protéger de quelques voleurs et de malveillants encore très éloignés de la capitale mais réelle. Des émeutes et soulèvements des "Indigènes" le conduirent à résister, à se défendre. La France et l'état ne lui permettant pas la protection due. Plusieurs de ces "révolutionnaires" rentrèrent dans son magasin pour tenter de lui voler sa caisse et ses marchandises. Tous armés de PM 49 réactualisés 56 l'ont menacé ! Des pétards de l'armée Française ! Des rebelles utilisant des flingues de leurs ennemis, à n'y rien comprendre pour un ancien sous-officier de la Bif. Y'auraient-ils eu des vols dans les armureries, les jours passés dans les casernes Algéroises, auraient-ils eu des complices ? Certains Français, des conscrits convaincus par les peuples à disposer d'eux-mêmes considéraient l'Algérie comme un territoire non intégrable à la République et même envisageaient la trahison de ces idéaux. Pour lui la France n'avait pas de frontières et encore moins ses idéaux. On lui avait juste permis de migrer de l'autre coté de la Méditerranée, sans ennemi, on lui avait promis de pouvoir simplement s'implanter. Il croyait en lui et ce qu'il représentait. Tout ce que les jaloux en tous genres, buveurs d'âme, pseudo libérateurs souhaitaient le silence, la mort. Il n'était pas à Alger pour le profit, s'enrichir sur le dos d'un peuple asservi, il avait des clients et faisait l'aumône et la charité à ceux qui lui semblaient déshérités. Intégré comme il le ressentait, il savait aider par de petits gestes, de petits dons sans reconnaissances, reconnaissant.

Les chirurgiens n'ont pas réussi à lui retirer cette balle dans le crâne trop dangereuse pour sa survie.

Ce 17 avril, tu es parti d'une tumeur au cerveau, 60 ans plus tard, j'ai mal. Et je repense à quelques mots d'amour.

Des lèvres d'Eluard volent des colombes, sa France, la mienne, la nôtre. Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige et dont vous usurpez le prestige, elle répond du nom de Robespierre, sa France.

Je t'aime.

lundi 18 février 2013

Idéologie et pouvoir


Ca y’est j’y suis. C’est l’aboutissement de toute une vie, d’un combat continu, d’une lutte sans merci. Mes proches m’ont motivé, mes équipes m’ont soutenu, mon parti m’a élevé, puis le peuple m’a porté au pouvoir. Une poussée populaire m’a propulsé au plus haut de la vague. Je n’ai jamais été aussi entouré, et pourtant je suis si seul.

J’ai toujours cru en moi, toujours été persuadé que le politique pouvait changer le monde. Fidèle à mes idées, assuré de mes paroles, fier de mes actes et certain de mes décisions, je commence à douter. Pire, il m’arrive de percevoir une certaine impuissance et ressentir une forme de honte monter en moi.

Je suis toujours persuadé qu’il est plus que nécessaire d’introduire plus de justice sociale au sein de notre société. Je suis convaincu que le monde court à sa perte dans une course de vitesse folle et dénuée de sens. Je pensais qu’aux manettes, je pourrais changer le cours de l’histoire. Force est de constater qu’à part quelques saupoudrages, je suis incapable de  mener des réformes structurantes. Mes idées se heurtent au mur bétonné de la réalité. J’ai, passez-moi l’expression, les couilles serrées dans un étau.

J’ai toujours ardemment voulu réguler une finance aux actions dévastatrices et inhumaines. Et je me retrouve comme un pion, un simple pion sur un échiquier mondial. J’ai souhaité mettre au pas les multinationales afin de mieux réguler le marché du travail. Et je me heurte à bien plus puissant que moi et suis contraint de céder peu à peu. J’ai pour ambition d’assainir la politique et suis contraint d’avouer que je ne peux éclater un système dont je fais moi-même partie, une sorte de bête immonde que mes propres fidèles alimentent chaque jour. Je suis certain qu’il faut mieux répartir les richesses, mais je ne peux contrôler et agir sur des éléments fortement imbriqués les uns aux autres et interdépendants. J’actionne un levier ; un voyant passe au vert tandis que trois voyants rouges s’allument. Il est alors très tentant de ne rien toucher et croire en l’autorégulation.

Jusqu’ici tout va bien… nous sombrons chaque jour un peu plus dans le chaos. Les caisses sont vides, la misère se répand, la rue gronde. Alors je tente de rassurer le peuple, de le satisfaire à travers des mesures sociétales très symboliques. Mais au lieu de cela je le divise encore un peu plus. Je lui promets des lendemains meilleurs, mais je suis contraint de le ponctionner toujours plus et de le mettre à terre.

Je sais bien que je suis mal aimé et parfois haï. Mais je n’ai guère le choix car je n’ai-je n’ai pas la main sur un kyste économique mondial qui grossit à vue d’œil… il se transforme en tumeur et nous pourrit de l’intérieur.

Pressions à gauche, coups à droite, j’avance sur un chemin de crête. La pression que le peuple porte sur mes épaules me fait vaciller. Je ne sais pas si je tiendrais la distance. La force que j’avais il y a encore quelques mois m’abandonne.  Il est dur et oppressant de maitriser le savoir. D’en connaitre plus que vous, de percevoir encore plus que vous l’étroitesse et la dangerosité du chemin.

J’ai été alerté il y a peu d’un complot. Ils m’ont amené à mon poste mais aujourd’hui veulent me buter. Ils sont partout et très puissants. Je les ai servis mais ils ne peuvent aujourd’hui supporter que je leur résiste. Soit je me plie à leur volonté, soit ils me feront disparaitre… comme auparavant ils ont fait disparaitre d’autres chefs d’Etat. Un attentat, un geste inconsidéré d’un « malade », une embolie pulmonaire provoquée, un accident malchanceux… les idées ne leur manquent pas.

Aujourd’hui j’ai le choix de mettre genou à terre ou de porter mes convictions et de réaliser mes, nos, rêves. Avec un revolver sur la tempe, ai-je réellement ce choix ?

lundi 3 décembre 2012

Le Sniper


J’avais été payé par une richissime famille dont un proche avait été vulgairement abattu dans la rue d’une balle dans la tête. Les condés n’arrivaient pas à progresser sur cette affaire. Ils étaient aux dépens des prochaines scènes de crime pour faire avancer l’enquête.

Le quartier de la défense ainsi que les 8, 16 et 17 èmes arrondissements semblaient être les terrains de jeux de prédilection de ce barjot. Il fumait un mec régulièrement depuis bientôt 9 mois. Les études balistiques ne montraient rien de particulier puisque les armes n’étaient jamais identiques et la provenance des cartouches toujours différentes. Tantôt les balles provenaient de Russie ou de Bulgarie, tantôt elles venaient d’Afghanistan, de Syrie et de Libye.

La Police Scientifique n’avait aucune possibilité de retrouver des traces ADN et autant dire que les pays n’étaient pas très coopératifs pour aider à filer ce dingue.

Très peu d’indice exploitable avait  pu être identifié par la Police. Seuls les victimes étaient à peu près profilées. Tous travaillaient dans le quartier de la défense, cadre sup, ingénieurs, issus de secteurs divers, mariés, des enfants.

L’enquête piétinait et moi j’avais bien l’intention de doubler les poulets. Je questionnais les collègues, la famille, les brasseries où ils se sustentaient et même les comptes courants. Mais jusque là, rien. J’étais sec.

Un soir, après avoir fini ma planque, j’avais décidé d’aller faire un tour au stand de tirs pour me détendre un peu. C’était aussi l’occasion d’aller voir quelques bons amis et des anciens flics en mal de gun. Généralement, après une bonne séance, on allait manger au drugstore et on se tirait chacun de son côté. J’étais habitué et connu dans le club et je connaissais quasiment tout le monde ou plutôt je m’étais renseigné sur chacun d'eux.

Ce soir là, Bingo, jour de chance ou déclic instinctif, je croise un type que je n’avais encore jamais vu. Il tirait avec une dextérité digne d’un tireur d’élite et il enchainait les tirs avec une moyenne proche de 10.

Je suis allé voir Bernard, le boss, et lui ai posé quelques questions à propos de ce nouveau venu. Il me dit alors que ce mec avait été initié par Mattéo, un grand black que je croisais parfois. Mattéo travaillait pour un Saoudien en tant qu’homme de mains et j’avais peu l’occasion de le voir car il était souvent en déplacement entre l’Arabie Saoudite et Genève.

Bernard me confia que ce type, qui s’appelle Edouard X avait commencé le tir, il y a de cela environ dix huit mois. Au début, c’était une vraie brelle. Il tremblait à chacun de ses tirs. Il est venu à deux ou trois reprises avec Mattéo, le temps de se faire la main, puis il a pris une licence et venait chaque soir durant de nombreuses semaines.

Au fil du temps et de mes inquisitions, j’ai appris qu’Edouard avait une grande expérience des marchés avec le moyen Orient. C’est pour cela que Mattéo le voyait, certainement pour faciliter quelques affaires avec les Saoudiens.

Mon inconnu, devenu suspect à mes yeux, avait travaillé aussi en Russie et en Ukraine. J’apprenais qu’il avait vendu son cabinet d’affaires il y a de cela environ 9 mois, à la suite d’un divorce avec son épouse. Il  y avait, semble t’il,  laissé beaucoup de plumes. Il dût vendre son somptueux appartement rue de l’Université pour se loger plus chichement dans un deux pièces, porte de Champerret.

Je découvrais par l’une de mes sources que son ex femme, mère de leurs 4 enfants, ayant reçu une éducation hyper catholique s’envoyait en l’air dans des clubs.  Elle fréquentait un maître avec lequel elle se soumettait à des pratiques masochistes, gang bang et autre bondage.

Lui qui durant des années avait durement œuvré pour le bien être d’Anne-Simone et de ses 4 enfants avait fini par découvrir que son ex-épouse était une chienne. Elle aimait se faire prendre en groupe et manger dans une gamelle comme une chienne soumise.

Un de mes contacts m’avait révélé l’identité du maître de la soumise. C’était un parent d’élève de l’école Sainte-Marie à Neuilly sur Seine, là où était scolarisés les enfants d’Edouard. Le fameux Jean y enseignait bénévolement la catéchèse chaque samedi matin. Il travaillait dans le quartier de la Défense pour un grand groupe de cosmétique. Autant vous dire que sous ses airs de gendre idéal, il avait pour réputation d’être un sadique hors pair. Selon les éléments que j’ai pu obtenir des lieux de débauche dans lesquels ils "libertinaient", Jean dominait Anne-Simone. Il adorait se vêtir d’une soutane et punissait sa soumise à chaque confession inénarrable.

Edouard, mon suspect numéro un avait fini par avoir des doutes sur son épouse en découvrant des sous vêtements inhabituels et autres objets de plaisirs soigneusement cachés. Il fît alors semblant de partir en voyage pour affaires quelques jours et espionna sa dévouée. Anne-Simone se rendait au quai 17 dans le 19 ème arrondissement de Paris. Après une longue hésitation, il paya le tarif d’un Homme seul, puis pénétra dans l’enceinte de ce lieu de dépravation.

Au bout de quelques instants, il surprit son épouse à genoux, dans une cage se faisant fouetter en tenue de soubrette par un prêtre lubrique. Il ne put contenir sa rage et sa haine et soudain bondit sur celle qui n’était devenue qu’une chienne à ses yeux. Fou furieux, il cassa la gueule à ce vicelard en soutane avant d'être foutu dehors du club, manu militari, par des molosses.

Rapidement, ils divorcèrent et Anne-Simone, sans pitié, demanda un maximum de fric. Elle prétexta que son mari n’était plus capable d’assumer son devoir conjugal. Elle déclara avoir abandonné sa carrière professionnelle pour le bien être de la famille. En bref, le schéma classique d’une vieille salope embourgeoisée.

Après avoir soigneusement épluché ce fameux jugement de divorce, je m’intéressais de plus près aux victimes. Toutes avaient un profil proche de celui de Jean. Ils étaient tous cadres de grands groupes, les enfants étaient scolarisés en écoles privées soit à Neuilly sinon dans les 8, 16 et 17 ème arrondissement de Paris. Tous avaient une attitude quasi irréprochable dans leur vie profane. Cependant, la totalité de ces hommes avaient fréquenté des clubs libertins dans lesquels Anne-Simone se rendait. Tous avaient profité de ses faveurs à la demande de son amant.. Elle s’exécutait les yeux bandés et le corps ligoté. Elle imaginait s’offrir à d’illustres inconnus, ils n’en étaient pas moins les amis de son maître.  Il les conviait à partager quelques jeux de rôles dans des messes libertines.

Edouard avait soigneusement pris soin de s’informer sur chacun d’entre eux et s’était renseigné par son réseau professionnel sur l’entourage de Jean. Il avait établi une liste et un agenda précis pour les flinguer tous, à tour de rôle. Il s’était longuement entraîné et avait mis à exécution sa vengeance. A cet instant, seul le maître des cérémonies demeurait en vie mais ses jours semblaient comptés.

Selon le rythme auquel notre snipper avait orchestré ses meurtres, il semblerait qu’il opère d’ici une semaine.  J’étais le seul à découvrir le meurtrier, le seul à pouvoir le dénoncer instamment, le seul à faire cesser ces tueries et pourtant, je continuais à l’observer.

Pris entre le bien et le mal, je ne savais plus où se situait la vertu. Devais-je le dénoncer immédiatement ou  le laisser finir son ouvrage ?

Au fond de moi, je savais qu’après ce crime, il n’y en aurait plus d’autres. Devais-je sauver une vie ou sauver un honneur ? Les jours passèrent et je continuais à filer Edouard. Son attitude demeurait calme, assurée et méthodique.

Je m’étais pris de sympathie et de compassion pour cet assassin. Il ne savait rien de moi et je connaissais tout de lui. Je devinais qu’il avait perdu ce qui lui était le plus cher au monde, sa famille.

Après de multiples nuits agitées, le jour J Arriva, je l’observais au loin. Il prit une chambre d’hôtel sous une fausse identité avec une femme, simulant un couple illégitime. Il paya en espèces et fît partir rapidement cette prostituée qu’il avait payée pour lui servir d’alibi.

Je m’étais posté à mi chemin entre l’hôtel d’Edouard et le travail de Jean. J’avais encore cette faculté de sauver une vie et d’en dénoncer une autre. Peu de temps après, tandis que je buvais un café  en terrasse, retentit une balle. Jean avait été abattu avec brio d’une balle en pleine tête.

Les secours arrivèrent ainsi que la Police et je rentrais chez moi. Je laissais quelques jours passer, continuant à filer Edouard pour la forme puis au bout de quelques jours, je le dénonçais à la Police.

Ma mission était accomplie, la sienne également. 

vendredi 30 novembre 2012

Tout est question d'angle de vue



Sais-tu, cher lecteur, d'où vient l'expression "menteur comme la lune" ?
Eh bien figure-toi que la lune prend la forme d'un "C" lorsqu'elle est décroissante, et d'un "D" lorsqu'elle est croissante.
Quelle coquine, la lune, tout de même !
Mais sais-tu aussi qu'elle ne se joue de la naïveté des hommes que dans l'hémisphère nord ?
Eh oui, au sud de l'équateur, elle présente un visage conforme à son humeur.
Aurait-elle moins peur de déplaire ? S'efforcerait-elle de ménager la susceptibilité, de ces hommes et femmes, déjà échaudée par le soleil ? Ou veut-elle simplement leur rappeler - nous rappeler - que la vérité ne peut être que relative ?...
Tout cela pourrait être anecdotique si cela ne nous menait tout droit vers le choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington dans les années 90.
En effet, des "allumés" brûlent une épicerie casher et notre président irait jusqu'à se faire circoncire pour exprimer son outrance et son soutien total à la communauté juive.
Réaction parfaitement légitime.
En revanche, ce même président n'hésite nullement à soutenir l'international djihadiste pour renverser un pouvoir, certes clanique et peu démocratique, mais laïc, et cela au risque de massacrer les minorités et de tuer à petit feu la majorité modérée et laïque des sunnites.
Vous êtes ahuris par cette affirmation ? Nous sommes nombreux à l'être, depuis 20 mois, de la position de notre pays, la France.
Le pays des droits de l'homme, le pays des penseurs libres, le pays de la liberté d'expression est devenu celui où les journalistes relaient sans vérification aucune des affirmations mensongères issues du Quai d'Orsay et d'un organisme inconnu de tous, localisé outre-Manche, et proche du Foreign Office... et de la confrérie moderne, laïque, libérale et progressiste des "Frères Musulmans".

La France fille aînée de l'église ?
Pardon, c'est de l' Histoire peut-être, mais certainement de l'histoire ancienne.
Le dernier pays arabe où les chrétiens, fiers d'être arabes et chrétiens, fêtent Noël et Pâques avec plus de passion et d'extase que dans nos villes et villages en France, ces mêmes chrétiens, majoritairement francophiles et francophones, se retrouvent livrés aux barbus sortis d'un outre-tombe moyen-âgeux qui dans le meilleur des cas leur réserveront la haine et l'humiliation et dans le pire des cas, une mort redoutable. 
Et grâce à qui ? A la nouvelle politique française en marche depuis 5 ans.

Ainsi la cohérence politique, ami lecteur, serait-elle tout aussi relative que la vérité ?
La France aurait tellement gagner à mettre de l'huile dans les rouages diplomatiques plutôt que de la jeter dans le feu qui consume le berceau des civilisations.
La France aurait simplement fait honneur à ce qu'elle est réellement : un phare voire le phare de l'humanité.
La France n'a pas pour vocation à oublier ses fondamentaux pour plaire à quelques roitelets sortis du désert et qui, malgré toutes leurs gesticulations, ne pourront s'offrir ni histoire ni civilisation, quand bien même devaient-ils y consacrer tous leurs pétro-dollars.
Soyons donc cyniques : le choc des civilisations aura bien lieu et il sera mené par des pays qui n'en ont pas soutenus par des pays qui ont oublié la leur !

Mais peut-être n'est-il pas trop tard pour mettre un terme à ce suicide collectif lâchement porté par l'amnésie collective : revenez Descartes, Voltaire, Hugo, Rousseau, et vous Sartre et Molière, Camus et Corneille, la patrie a besoin de vous !

lundi 26 novembre 2012

La pointe du château



Mes muscles se tendent, je commence à suer. Mon souffle devient plus court, je peine vraiment dans cette montée escarpée. Je cours depuis une trentaine de minutes sur le sentier des douaniers surplombant la mer, slalomant entre les roches, les flaques d’eau, les zones de boues et les branchages. La vue est magnifique, presque magique. Bien que le temps soit calme, la mer, elle, est agitée, signe d’une tempête nocturne passée. En ce dimanche, certains vont à la messe, moi je me décrasse et évacue le stress et les excès de la semaine. J’arrive péniblement en haut de la colline et admire un court moment le point de vue. 

Mon regard est alors attiré par des gyrophares, en bas près de la plage. Je vois au loin un petit groupe affairé près des rochers. Poussé par la curiosité, je décide de reprendre ma course, d’accélérer le pas et d’aller voir de plus près de quoi il en retourne. 

Franchir le cordon de sécurité ne me prit que quelques minutes, le temps de discuter avec l’adjudant de gendarmerie et de décliner mon identité.  Bien qu’ils n’aiment pas beaucoup les flics de la capitale, il me laisse fouiner autour de la scène de crime… ou d’accident. On ne sait pas trop, vu que le type gisant entre les rochers de granit a la tronche et les membres éclatés. Son va et vient nocturne entre la mer et les rochers, lessivé par les galets, a totalement disloqué ses membres et éclaté son crâne. La mer a emporté son sang à la descendante, le macchabée est certes trempé, mais tout sec ; de ses plaies ouvertes ne jaillit aucun sang. 

A première vue, il s’agit d’un notable. Son costume Armani est en lambeaux, sa Rolex au poignet a résisté aux chocs… bonne came ! En tout cas, s’il y a eu meurtre, ce n’est pas pour vol. Il a encore ses papiers, son pèse et sa montre.
Hervé B. est bien un bourgeois Rennais, chirurgien et homme politique local.  Un homme sans histoire, juste attiré par les femmes… mais quel homme ne l’est pas.

L’autopsie ne révèlera rien de particulier sur les causes du décès. Il avait certes absorbé une grande quantité d’alcool et pris quelques rails de coke avant sa mort, mais il s’est tout bonnement et simplement éclaté sur les rochers en glissant… c’est ce que dira le légiste. Affaire classée.

Cependant, de retour de ces quelques jours de congés, dans le TGV qui me ramène à mon triste labeur, je repensais à un détail troublant. Il m’a semblé voir des traces de liens autour des poignets du défunt, quelque chose de très superficiel. Ces marques ont du peu à peu s’estomper, d’où l’absence de remarques dans le rapport.  Des idées bizarres me trottaient dans la tête. A-t-il été séquestré, ligoté, drogué et poussé de la falaise ? Est-ce un jeu avec une maitresse qui a mal tourné ?

Les gendarmes ont examiné les rochers alentours et ont fait le tour de la pointe du château, sans aucun résultat. Je dois me faire des idées, je me replonge dans le journal local. Le Tregor relate les histoires de pêches à pieds, week-end de grandes marées oblige. Peu à peu, bercé par le tanguement du train, je m’assoupis…

L’affaire me perturba toute la semaine… jusqu’à ce que je retombe sur Le Tregor en cherchant du papier pour allumer un bon feu de cheminée. Bon sang ! La nuit du décès était une nuit de très fort coefficient. Le corps a été découvert à mi-marée, à la descendante. Les gendarmes n’ont donc pas tout exploré. 

M’étant amusé petit dans le secteur autour de la pointe, je savais pertinemment que la roche était truffée de galeries et de blockhaus datant de la 2nde guerre mondiale. Blindés d’explosifs et d’obus, les lieux avaient été murés, il ne devait normalement subsister aucune entrée.

Je saisis mon smartphone afin de vérifier les prochaines marées sur la zone… Malheureusement, il faut attendre plusieurs mois avant de retomber sur des coefs aussi élevés. Je joins cependant des collègues du service de St-Brieuc et leur demande d’aller faire minutieusement le tour de la pointe à la prochaine marée basse. 

Quelques jours après, coup de fil des collègues Bretons… Rien à signaler ; je m’en doutais.

Mon doigt glisse sur le calendrier, la prochaine grande marée est dans 4 mois. J’y serai !

Je débarque à la gare, appelle un taxi et me rends sur le port. Je passe mon après-midi à flâner sur les pontons, à faire le tour des rades, à taper la discute avec les locaux. Le soir venu, je m’attable à La Marie Galante, commande un plateau de fruits de mer et un petit Châblis. La marée est totalement basse dans deux heures, j’ai amplement le temps de me délecter.

Mon Sig Sauer dans une poche, une lampe torche dans l’autre, je prends le chemin du littoral qui me mène à la pointe du château. La nuit est claire, l’air est doux, il ne pleut pas, ce qui rend la promenade plutôt agréable. En cette saison, en pleine semaine, en pleine nuit et en pleine lande, il n’y a pas âme qui vive. Tout du moins sur les premières centaines de mètres, car à l’approche de la Pointe, la lande se remplit. Des petits groupes de personnes se dirigent vers la pointe. Cette situation est suffisamment étrange pour que je décide de faire venir du renfort. J’appelle les collègues de Saint-Brieuc, ils seront là dans une heure. Le temps de passer cet appel, et la lande est redevenue totalement paisible… plus personne. Où sont-ils passés ?

Je fais le tour de la pointe, scrute la lande… aucune trace ! Je décide alors de refaire le tour, non pas en haut, mais sur la plage. A marée très basse, c’est possible. Mais c’est vaseux, je m’enfonce, c’est une horreur. J’aurais dû m’équiper. Je fais quelques pas dans la mélasse et me retrouve sur une bande de sable plus dur. Bingo, il y a un paquet de traces de pas qui convergent vers une faille entre les rochers. Je me glisse dans le faible orifice qui vraisemblablement n’est dégagé que lors des très grandes marées. Je marche quelques instants sur les galets, je sens que ça monte. Je m’enfonce dans les entrailles de la pointe.

Mon téléphone vibre et me fait sursauter. Les collègues sont arrivés, je leur demande de rappliquer au plus vite. Ils mettent de longues minutes à trouver l’entrée, malgré mes explications précises. Nous progressons à trois dans un étroit tunnel et arrivons dans une petite salle. Le tas de galets entassés me laisse penser qu’ils doivent plus ou moins boucher l’entrée afin d’éviter toute visite importune.

Nous allons plus en avant. Peu à peu des murmures, puis des paroles, puis de la musique, puis des petits cris se firent entendre. Nous arrivâmes dans une immense salle creusée dans la roche. Je pense que nos hôtes furent aussi surpris que nous. La grotte est transformée en une espèce de temple, avec des pupitres, des flambeaux, des sièges, des symboles cabalistiques. L’encens rend l’atmosphère encore plus mystique. Mais c’est surtout le mélange des corps qui nous frappe alors. Nous sommes tombés dans une immense partouze de notables aux accents de messe noire. Bouteilles de St-Emilion, petits canapés, crustacés, rails de coke, vodka… la bourgeoisie locale ne s’ennuie pas. 

Un grand type vêtu d’un seul tablier vient à notre rencontre… visiblement le maitre des lieux. Nous affichons nos plaques, il nous demande alors de procéder aux interpellations en douceur. Nous bloquons toute sortie, appelons la gendarmerie locale et attendons que tout ce beau monde se rhabille.  Je prends à part le maitre de la pointe et commence à l’interroger. 

A chaque grande marée, les membres de ce « club très privé » vient s’enivrer au sein de cet espace atypique. Rien de grave en soit, chacun fait ce qu’il veut avec son cul… mais j’en viens au problème de la coke à profusion et à la mort suspecte d’Hervé B. Ce notaire local se met rapidement à table. Il est désespéré de ce qui est arrivé. Il m’explique qu’Hervé B. avait énormément picolé ce soir là, qu’il aimait les postures sado-maso et que souvent il devenait violent sous l’emprise de la coke. Ils l’ont alors éjecté des lieux et demandé de rentrer chez lui. Ils n’ont découvert son corps que le lendemain midi au changement de marée… l’un des membres, voisin, a alors appelé la gendarmerie comme un témoin qui promenait son chien. S’ils n’ont rien dit, c’est qu’ils voulaient préserver leur Avre de débauche, rien de plus.

Cette enquête inhabituelle donnera sans doute lieu à une inculpation pour consommation de stupéfiants, associée à une inculpation pour mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance. L’endroit sera sans doute vidé et définitivement muré… ou pas.

Mon téléphone vibre alors une nouvelle fois… mon boss, à 3h30 du mat ? Furieux d’avoir été réveillé par le ministre, il m’ordonne alors de lâcher l’affaire et surtout d’oublier ce que j’ai vu. Mon hôte sourit, il a compris. Mes deux collègues, ayant reçu le même type de coup de fil, sont déjà en train de plier bagages. La gendarmerie ne viendra pas.

Le grand type me propose alors de rester. Il m’offre alors une jeune infirmière, nue comme un ver sous sa blouse. Tout un fantasme. 

Etant jeune, j’avais escaladé avec joie ses rochers. Cette nuit, j’escaladerai l’infirmière avec autant de joie.

lundi 19 novembre 2012

Le Proc (2ième partie)

Riri, lui, avait décapité son patron à cause d’un désaccord sur ses congés m’avoua-t-il. Lors d’un abattage sur une concession dans le parc naturel régional du Morvan, ils avaient eu des mots et en étaient venus aux mains. Riri avait réussi à l’assommer, lui poser la tête sur une souche fraiche et dans un geste de folie mais professionnel, il avait abattu sa hache sur le cou de son boss. La lame s’enfonça nette dans le billot, sa tête roula jusqu’à un tas de feuilles. Je n’avais pas senti de remord dans le récit de Riri ni même dans celui de Titi, seulement quelques regrets…
Titi justifiait son acte par un excès de boisson et Riri par une soif de justice ! Tous deux étaient devenus des assassins malgré eux.
Je ne dis pas que je comprenais leurs gestes mais simplement leur destin. Ce que j’avais saisi c’est que la vie en milieu rural est rude et parfois certains habitants rustres pouvaient se laisser aller à certaines manières frustes. Je ne les jugeais pas.
Mon séjour en prison se poursuivait rythmé par la promenade, les repas, la douche et mes discussions avec eux et certains matons. J’avais compris que cantiner me permettrait d’améliorer mes conditions et celles de mes nouveaux amis. Après chaque parloir, je continuais mes distributions, mes codétenus me montraient de plus en plus de considération.
Je réussissais à constituer un clan, des protecteurs au sein de la prison.
Paradoxalement, je me sentais devenir de jour en jour le taulier. J’avais retrouvé la confiance. Mes contacts avec l’extérieur augmentaient, mon avocat me rendait visite quotidiennement. Je lui avais demandé d’enquêter discrètement sur le petit juge et le procureur qui m’avaient si rapidement cloué au pilori. Il avait recueilli quelques informations troublantes.
Mon monde extérieur se reconstruisait progressivement à l’intérieur de la prison. Il ne fallait surtout pas susciter de jalousie mais contribuer généreusement à l’amélioration de la situation de ceux qui pouvaient m’aider et qui seraient redevables… « Tu as 30 secondes pour savoir à qui tu as affaire » souvenir du cours de management du Centre de Perfectionnement aux Affaires et surtout prévoir ce que tu pourras le cas échéant lui demander.
Depuis les années 80, dans le département, un gendarme menait une enquête sur des disparitions de jeunes filles mettant en relief des réseaux proxénètes sado-masochistes et visant un homme en particulier. Sept viols et assassinats avaient été commis entre 1975 et 1979 sur des jeunes femmes de la DDASS déficientes mentales légères âgées de 16 à 22 ans. Il adresse au parquet un rapport accablant. Le procureur qui le reçoit n'ouvre pas d'information pour manque de preuves et demande informellement au gendarme de poursuivre l'enquête. Le rapport est égaré. Mon avocat avait relevé ces informations avec perspicacité. Le procureur mis en cause n’était autre que celui à qui j’avais affaire !
Quelques mois après mon séjour à la pénitentiaire, le gendarme se suicida de deux balles dans la tête des suites d'une longue dépression, excédé de ne pas avoir été pris au sérieux…

mardi 13 novembre 2012

Le Proc (1ère partie)

J’avais réussi à revendre l’entreprise qu’unan auparavant   j’avais rachetée à une grande banque Française, qui dans toute ma vie d’entrepreneur elle-même m’avait soutenu. Deux de mes associés historiques s’étaient sentis lésés par cette vente et avaient engagé une procédure en non-conformité de l’acte de vente. J’ai toujours choisi de ne pas entraver mes décisions au sein de mes entreprises, pas de minorité de blocage et un choix précis des compétences de mes actionnaires…chacun devait m’apporter leur soutien sans pour cela pouvoir décider à ma place !
Un juge d’instruction avait été nommé. L’enquête avait démontré de nombreuses irrégularités. Le « petit juge » affichait un zèle inquisiteur.
Deux patrons de la banque, des amis, avaient disparu dans la nature et une somme d’un milliard cinq cent mille francs avait disparu des comptes de l’antenne régionale qu’ils dirigeaient. Autant vous dire que dans la tête d’un « Robespierre locale » ce genre de somme ne se divise que par trois !
Il est vrai que dans ma vie j’ai souvent usé de paradoxes et parfois manqué de scrupules, au point que certains de mes conseillers m’appelaient à plus de modération. D’autres savaient que pour construire un tel empire, il fallait un peu de folie.
En majorité, ils ne s’en plaignaient pas, car ils étaient  toujours grassement rétribués pour leur « compétences ». Les commissaires aux comptes avalisaient des comptes qui parfois, certaines années, évoluaient curieusement ; ce qui compte dans un bilan, c’est la dernière ligne en bas à droite, le reste c’est de la philosophie !
Je me connaissais « border line » mais aussi immunisé, presque invulnérable ! J’abusais, mais par expérience je savais que plus le mensonge était gros plus il passait. Malheureusement le « petit juge » m’avait vite jaugé !
Lors de ma première présentation, il m’avait placé en garde à vue, puis tout de suite en détention provisoire. Mon avocat criait à l’injustice ! On me passa « les bracelets » puis du palais de justice, on me transporta en fourgon à la prison la plus proche. Une cellule, seul dans le quartier VIP…la pénitentiaire prend souvent connaissance du pedigree de ses clients avant enfermement.
Je trouvais cette situation inédite assez amusante en vérité. Des ors de la république, des palaces, mes villégiatures, du luxe, mes grandes dépenses…je vivais désormais dans 9 mètres carrés, toutes commodités incluses !
A la promenade, j’avais fait la connaissance des autres pensionnaires, mes voisins. Longtemps coupé des réalités de la vie de ce monde grâce à ma fortune, je savais que la « fange », le caniveau avait malgré tout certains attraits. Côtoyer des énergumènes de mon acabit m’apportait souvent le conflit, la guerre. J’étais le seul sûrement à savoir pourquoi j’étais là. Grâce à eux aussi, j’étais privé de liberté.
Ma femme à chaque parloir m’apportait un caddie entier de victuailles que je distribuais à tous mes nouveaux amis qui souvent étaient sans rien.
Deux costauds s’étaient pris d’amitié pour ma petite personne. Titi, un vosgien et Riri, un bourguignon. Titi avait assassiné son meilleur ami lors d’une partie de chasse ! Au casse-croute, après avoir « dégusté » deux ou trois litres de blanc, il lui avait dérobé la bouteille de Ricard que Titi avait soigneusement casé dans sa besace en prévision de la pause du midi. Il l’avait mis en joue et appuyé instantanément sur la détente ! Pas de pardon.
Je savais qu’en sortant j’aurai de belles histoires à raconter. Mon avocat me rendait visite fréquemment et me dit que le procès devrait se dérouler dans dix jours qu’il se faisait fort de démontrer mon innocence.
Je me disais que 20 jours de taule valaient bien cinq cent millions !

lundi 5 novembre 2012

Le Hammam



Journée de novembre tristement ordinaire, en cette fin d’après-midi, je roule calmement en bord de Seine. J’aime profiter de cette vue des péniches amarrées, des arbres en train de se dénuder et des promeneurs égarés. Je stoppe ma Volvo devant cet établissement posé sur l’eau. Restaurant, bar de nuit et Hammam, tout un programme !

Je descends tranquillement la passerelle qui me mène à mon rendez-vous. Une hôtesse m’accueille. Elle est à l’image du temps: terne ; une fille de l’Est, un peu défraichie, larguée à Paris et restée à demeure. Elle me glisse une clé de casier dans la main et m’indique les vestiaires. L’endroit est chaleureux contrairement à mes premières impressions, boisé, style lounge avec une cheminée et des fauteuils clubs. L’espace Sauna, Hammam, massage est au sous-sol, en fonds de cale comme on dit chez moi.

Je passe les sanitaires, me perds un peu dans les méandres des coursives pour au final tirer un rideau et me trouver dans une cabine. C’est ici. J’ouvre mon casier me déshabille… hésite un long moment. Est-ce que je laisse mon attirail au vestiaire ? Me vois mal glisser mon flingue dans mon maillot de bain ! Allez, je laisse tomber, je pose le tout et me faufile parmi les quelques visiteurs pour gagner l’espace Hammam. 

Ouarf, quelle chaleur. J’ai l’impression d’un coup de poser le pied à Dakar ! Le temps d’habituer mes yeux à la condensation ambiante, l’air humide et étouffant, et je perçois mon interlocuteur dans la pénombre. Seules quelques lumières de couleurs diffusent un léger éclairage changeant. Deux pétasses discutent et déconnent à plein tube. Deux vieilles peaux siliconées qui éjectent par leurs pores tous leurs vices emmagasinés. 

L’homme se lève. Svelte, sec et musclé. Il s’approche d’elles, leur glisse quelques mots. Elles se lèvent d’un coup et disparaissent.
 «Assieds-toi » me lance-t-il alors. Et il se colle à mes côtés. Il me parle si près que je sens la chaleur de sa bouche qui surpasse celle du Hammam. Il parle doucement et posément. « Ecoute bien » me dit-il. Il enchaine « je ne répéterai pas, imprime bien tout ce que je vais te dire ». Il rassemble alors toutes les pièces d’un puzzle liant étroitement l’Opus Dei aux entrailles du pouvoir. Des noms, des chiffres, des comptes, des sommes… je n’ai rien pour noter, rien pour enregistrer, rien pour graver. Bordel, j’essaye de retenir un maximum d’éléments. Il me décrit l’autre visage de l’ordre, de la lumière à l’ombre ; m’explique comment cette pieuvre verrouille la société. Mais surtout, il m’indique ou creuser, ou poser la première pierre de mon enquête. 

Puis il s’arrête net, me dis que c’est fini, qu’il faut que je parte. J’ai mes infos, c’est l’essentiel.
Je sors du Hammam et me dirige vers les vestiaires. Je tombe alors sur une des vieilles éjectée du hammam. Elle me sourit, échange quelques mots. Nous sommes quasiment à poil, le contact est assez facile. Elle est là pour le cul c’est évident. Ce lieu doit être connu des libertins. Je la chauffe à mort. A cette heure, juste avant l’apéro, je ne suis pas contre une petite fellation.

Elle me prend par le bras et m’entraine dans un placard à balais. Elle m’enlace, me caresse, m’embrasse et me descend le slip de bain. Elle me prend alors en bouche comme une gourmande, tout en me mettant un doigt dans l’anus. J’avoue que cela fait partie des rares moments où je me laisse aller.
Alors qu’elle me tire sur la bite, les portes claquent. Elle s’arrête nette. Deux hommes ont fait irruption dans les vestiaires, fouillent et semblent nettoyer le périmètre. Nous entendons deux détonations sourdes. Ils ont aussi apparemment nettoyé le hammam. Ils reniflent, cherchent, semblent me chasser. 

Saisi par l’émotion, je crois bien avoir débandé dans la bouche de cette pauvre fille. Elle vient sans le savoir de sauver ma peau. 

J’attends qu’ils partent pour m’extirper de ma cachette fortuite. Ouvre rapidement mon casier, m’habille et m’enfouraille à nouveau. 

Je passe un rapide coup d’œil dans le hammam. La porte vitrée est éclaboussée de sang, il faut que je fille fissa. 

La vieille me regarde. Je lui souris, sors mon flingue et la bute. Direct, une balle dans la tête. Elle avait qu’à mieux me sucer… je plaisante, je ne pouvais laisser un témoin. Rapidement je fonce dans l’autre vestiaire, celui des femmes, et liquide l’autre femme, en train de se rhabiller. Elles étaient là par hasard, elles disparaissent par hasard. 

Je ne peux sortir par la passerelle, j’entends déjà la sirène des condés. Un hublot, je m’extirpe. Une barque, je m’enfuie. Une autre péniche, je m’échappe.

Le moins que l’on puisse dire est qu’au hammam, j’ai eu chaud !

mercredi 24 octobre 2012

La farce du boucher...


Nous sommes en novembre 1987,  rue du poteau, dans le 18ème arrondissement de Paris. Monsieur Norbert est bien connu dans cette rue commerçante puisqu’il est artisan boucher de père en fils depuis 1902. Il travaille énormément,  car il a le souci de servir des produits de qualité à ses fidèles clients. Ses viandes sélectionnées avec une extrême rigueur, en font une excellente boucherie, très réputée. Il est un personnage emblématique dans le quartier, emploie deux serveuses, un commis ainsi qu’un apprenti.

Son épouse, Thérèse, a décroché de la viande pour accorder du temps à son petit fils, Mathieu afin de soulager sa fille. La personnalité de Thérèse est elle aussi très appréciée car son humour, son empathie, son rire éclatant, et son engagement dans les associations de quartier fait d’elle une femme respectable.

Thérèse a consacré beaucoup de son temps au développement de la boucherie, cependant, elle qui a fait des études de langues, aurait aimé utiliser ses compétences à autre chose que de vendre des faux filets, rôtis et tournedos.

Ce dimanche là, faute d’une vendeuse absente, elle vient en renfort pour assurer la caisse. L’afflux de monde, comme chaque dimanche se veut important, et les habitués défilent. Les lapalissades se faisant, chacun parle de l’actualité de la semaine, de la pluie et du beau temps. Thérèse, consensuelle, adhérait aux propos sans jamais s’étaler, souriait, blaguait, et encaissait. Tandis que son époux, entre le billot, la rôtisserie et les frigos, coupait, tranchait, déplumait,…

Soudain, un inconnu rentra dans la boucherie, élégamment apprêté, courtois et souriant, son visage était rieur, discret et séduisant. Il commanda un tournedos et un petit rôti de veau auprès de Monsieur Norbert. Thérèse, laquelle était habituée a encaisser ses anciens clients sembla tellement apprécier ce nouveau venu, qu’elle en fit une erreur de rendu monnaie.

L’inconnu, honnête homme, releva discrètement l’erreur de monnaie en sa faveur auprès d’elle.  Confuse, elle le remercia pour son honnêteté. Il lui rendit donc le billet trop perçu, et effleura la main de la commerçante, laquelle avait semble t’il été troublée.

Le dimanche matin passé, la boucherie fermait à 13 heures, et l’éternel quotidien reprenait sa route. Le déjeuner dominical en famille, les péripéties de leur fille, les jeux avec le petit fils, le prix de la viande, les projets de travaux à la campagne, la sieste de Norbert, l’école des fans…

Les jours passèrent et Thérèse venait plus régulièrement à la boucherie prétextant qu’elle avait besoin de voir plus souvent ses clients, cependant, son seul souhait était de revoir cet inconnu. Au bout de quelques jours ce fut le cas et engageant la conversation, elle découvrit qu’il était un voisin proche de leur habitation. Il louait ce pied à terre pour un court séjour, il avait une mission de quelques mois en France. Il venait de Stockholm, parlait français avec un accent ravissant.

Intéressée, Thérèse sympathisa avec lui, son époux toujours fort occupé ne s’interrogeait en rien sur l’attitude de son épouse vis à vis de ce bellâtre. Il lui glissa un jour une carte de visite avec son numéro de portable dans le creux de la main. Thérèse prit celle-ci et s’empressa de la ranger discrètement dans sa poche.

Des jours durant, elle n’osa appeler, puis, après un dimanche fort ennuyeux, elle prétexta une fatigue soudaine et l’appela. Ils se donnèrent rendez vous un après midi, non loin de la rue des Ternes pour y boire un verre, discutèrent puis se quittèrent. A quelques reprises, ils répétèrent ces entrevues, lesquels devenaient de plus en plus tactiles, jusqu’au jour où ils cédèrent à la tentation, bien qu’elle fût de 15 ans son aînée.

Ils se virent régulièrement dans l’appartement de ce suédois sulfureux. Thérèse reprenait de la distance vis à vis de la boucherie, pour s’adonner à des joutes torrides.

Norbert, pris par le travail faisait fît de ne rien remarquer, cependant, connaissant parfaitement son épouse, il finit parse douter. Un après midi, il se libéra exceptionnellement de sa boucherie pour planquer et constater le rituel mis en place avec cet homme. Il les observa, la vit monter avec lui dans cet immeuble, prirent l’ascenseur, puis s’isolèrent.

Norbert, trahi, gardait son sang froid, pénétra l’immeuble, vit la concierge et prétexta qu’il devait déposer un colis a cet homme suédois. Ainsi, il put, découvrir l’étage et le numéro d’appartement, puis monta discrètement. Il se posta longuement devant la porte, avec le désir incessant de les surprendre. Il ne le fît pas, resta prostré derrière cette porte, tétanisé et abasourdi. Il les écouta rire aux éclats puis après quelques mots salaces nourris de silences, le rythme s’accentua d’orgasmes et cris incessants. Norbert, confus, blême, le cœur battant la chamade décida de partir les jambes tremblantes.

Il retourna à la boucherie et reprît le cours de sa vie bien qu’ayant des absences, il honorat sa clientèle. Parfois absent, il prétextait une grippe. La fin de journée venue, Thérèse revint munie d’un sac « bon marché », guillerette, elle compta comme à son habitude la recette du jour.

Les jours passèrent, et Norbert prenait sur lui pour ne faire apparaître aucun soupçon.
Puis un mercredi après midi, sachant que son épouse devait garder son petit fils, il quitta la boucherie, prétextant un rendez vous à la banque.

Il se rendît alors chez cet homme, discrètement monta puis frappa à la porte et s’invita à rentrer. La porte close, un bruit court et assourdissant d’un homme résonna puis le silence revint. Norbert quitta les lieux après quelques instants, soulagé, et serein, il fit des allers retours par l’escalier de service pour charger son véhicule de quelques valises. Son flegme ne laissait transparaître aucune émotion.

Il rentra chez lui, conservant ses valises jusqu’à la nuit tombée, puis, très tôt le matin, il se leva pour travailler et faire ses préparations culinaires.

La farce et autres viandes hachées avaient ce jour là une saveur particulière. Il fît une offre promotionnelle sur ces produits préparés à base de farce. Il conseilla même avec une pointe d’humour à ses clients de consommer cela avec une pointe d’aneth. Il prît même le soin de faire goûter à son épouse sa nouvelle préparation culinaire qu'elle savoura d'ailleurs sans retenue.

Thérèse, aigrie durant de nombreux jours, n’avait plus de nouvelles de son bel inconnu et finit par reprendre le cours de sa vie songeuse et nourrie d’espoir…

mercredi 17 octobre 2012

Le parking

Assis à mon bureau, sous le velux, le temps était couvert et le cliquetis de la pluie rythmait la méditation dans laquelle j’étais plongé. Depuis des jours, je ruminais, je songeais à des scénarios, pour enfin  me faire plaisir.

Ce type qui sournoisement avait nui  à ma carrière pensait m’avoir fait enfermer dans un placard. Il avait le pouvoir de manipuler ses collaborateurs, lesquels lui témoignaient un dévouement presque sans borne. Tel un gourou, ils étaient de gentils fantassins soumis à sa hiérarchie et obéissaient fidèlement à ses instructions.

Ce type là avait toujours un discours très moralisateur, citant régulièrement les plus grands auteurs. Régulièrement, il faisait des références à l’histoire et imageait ses propos à l’aide de photos qu’il prenait. Avec un auto satisfecit démesuré. Son talent d’orateur suffisant et ses quelques références littéraires faisaient vibrer ses soldats. Ils vouaient cet homme au rang de demi Dieu lequel prenait parfois la place du père qu’ils auraient peut être aimé avoir.

Pour ma part, je ne le voyais pas du tout comme ça. Je me méfie toujours de ceux qui parlent souvent trop bien en général, ce sont de somptueux personnages infâmes et immoraux.

Je me rappelle l’avoir entendu lors d’une réunion faisant un parallèle entre les cadenas et les freins que les commerciaux peuvent avoir auprès de leurs clients. Je trouvais ça assez risible d’ailleurs, car ce même type est capable de nuire à quelqu’un juste parce qu’il n’aime pas son visage, son attitude ou tout simplement parce que c’est un homme. Par contre, si l’on a le plaisir d’être une femme jeune dotée d’une plastique généreuse, alors son démon de midi ouvrira grand les portes du paradis professionnel.

A priori, je n’étais qu’un homme et ma gueule ne lui plaisait pas. Ca tombait bien finalement. J'étais convaincu de la réciprocité de notre désaffection. Simplement, ce type avait le pouvoir de nuisance que je n’avais pas. Je n’avais pas non plus le vice de faire d'importuner une personne gratuitement. J’étais profondément pacifiste, mes idéaux et mes convictions convergeaient plutôt en faveur du compromis.

 Quand je suis arrivé dans le secteur de ce type, j’ai tout de suite vu son plaisir naître à l’idée de pouvoir me créer des ennuis. Moi qui m’étais opposé à la femme d’un de ses amis dans le travail, j’étais désormais comme une souris face à un chat aux dents et griffes affutées. Le prédateur se méfiait de moi, car j'étais aussi très agile et mon esprit vif et affuté pouvait parfois faire preuve d’insaisissabilité.

Au fil de l’eau, je m’apercevais de la supercherie vengeresse et de la manipulation de ses soldats. Tout devenait prétexte à remettre en question mon travail, sans compter la pression morale et son harcèlement dans le seul but de me faire craquer. J’avais failli céder à un moment mais j’avais une faculté à me reconstruire assez étonnante. Après quelques semaines de doutes au cours desquels mes adversaires pensaient m’avoir complètement désarmé, je me reconstruisais. J’avais rapidement décidé de reprendre le dessus et il était temps pour moi de me faire plaisir…


Je m’étais mis en tête de voir ce qui se cachait derrière ce personnage avec tant d’assurance. Et pour cela, il me fallait voir ce sale type dans un autre contexte et lui faire payer le prix de sa bassesse. Lui, qui se permettait d’embrasser des jeunes femmes dans le cou, les mains baladeuses et le regard lubrique, me faisait vomir.

Il était marié à une femme élégante et "classe", elle semblait bien éduquée. Lui,  avait un physique de vieux taureau recroquevillé et inélégant, l’œil constamment à la recherche de seins et de fesses bombées. Je n’avais aucune pitié pour ce personnage abjecte, et, même son traitement contre le cancer ne le rendait pas plus Humain.

J’avais soigneusement pris le temps d’observer ses habitudes, ses horaires, ses lieux de stationnement, et pris son adresse. Ainsi, au fil des jours, je savais tout de ses habitudes. Les restaurants dans lesquels il déjeunait régulièrement, les magasins dans lesquels il faisait ses achats, sa pharmacie, son pressing, etc…

Plus je savais de choses sur lui, plus il devenait fragile  et vulnérable à mes yeux. Les jours et les semaines passaient et  je me conditionnais de plus en plus dans la peau de celui qui allait le ridiculiser. Le vice s’emparait de moi et je prenais plaisir à imaginer mon piége. L’idée de l’arroseur arrosé m’excitait, et je voulais le voir effrayé, sous ma gouverne, me suppliant.

Je me documentais sur internet et passais commande de quelques objets utiles à ma petite parade. Je m’étais doté d’un masque et de gants blancs, d’un appareil utile me permettant de modifier ma voix, d’un collier électrique pour chiens dangereux. J’avais négocié à la Goutte d’or avec un mec qu’on m’avait indiqué pour acheter un pétard, de la mousse lacrymogène et un poing américain. Résonnait en moi régulièrement la phrase suivante : « tu vas voir fils de P… ». 

Chaque lendemain, mon stratagème se mettait en place et sa vie finissait par être en ma possession. Il ne se rendait compte de rien  mais je finissais par tellement le connaître que j’en arrivais à contrôler sa vie. Il devenait alors à son tour un petit soldat soumis à des automatismes navrants. Je retournais travailler sagement chaque jour et plus mes plans se dessinaient, plus j’étais serein dans mon job.

La pluie continuait ses cliquetis sur mon velux, et j’étais à la dernière étape de mon plan. Les horaires étaient inscrits, comme pour un braquage. Toutes ses habitudes  était chronométrées, minutées, calibrées. Les plans étaient minutieusement tracés et il ne me restait plus qu’à choisir le lieu dans lequel j’allais prendre au piège ma proie.  Bref, j’étais devenu un prédateur et je le possédais. Il était devenu mon petit pantin et désormais j’étais prêt à jouer avec lui.

Je devais me décider sur une seule chose et la méditation m'aidait à affiner mes plans. Devais-je le ridiculiser devant son épouse ou seul ? Devait-il y avoir un témoin qui puisse le voir dans une position de soumission ou seul, face à moi, dominant ce pauvre type.

Le tonnerre grondait, l'orage redoublait de violence et la pleine lune luisait. L’autre moi-même avait pris sa décision, je prenais un dé pour que le hasard confirme la meilleure situation. Un chiffre pair, je le ferai en présence de son épouse ou impair je le ridiculiserai seul.

Je lançais ce dé et le chiffre 5 était sorti triomphant. J’allais donc le coincer seul.

Le soir venu, je préparais donc mon attirail et filais en direction du lieu tenu secret. En planque et soigneusement je préparais mon rituel. J’avais réussi à m’infiltrer dans son parking. Au bout de quelques minutes, vers 22 heures, il arriva fièrement au volant de sa BMW, se gara dans son box, saisit sa mallette, ferma sa voiture et arpentait sans crainte le couloir de son parking. Cagoulé derrière lui, ma voix modifiée et mon attirail à la main, je le surprenais.

Je le saluais d’une voix sombre, il en était terrorisé. Sa voix tremblante me répondit. Je lui demandais de stopper son pas et, il voulut se précipiter pour rejoindre son ascenseur, un mouvement brutal pour le stopper et lui pointais mon arme. Il obéît à mes ordres, me proposant de l’argent. Sereinement, je l’invitais à se rapprocher de sa voiture. Je l’attachais puis lui enfilais le fameux collier pour chien dangereux. A genoux, je lui demandais de déclamer quelques belles citations et autres faits historiques. Il avait perdu tous ses moyens. Quand on perd ses repères et sa suprématie, on perd également sa verve et sa confiance. A chaque fois qu’il se trompait, je lui envoyais des décharges électriques, lesquelles variaient d’intensité selon le niveau d’erreur commises.

Un défilé de récitations et de questions d’histoires s’offraient à lui et progressivement, il devenait mon animal soumis, obéissant. Je faisais semblant de charger mon flingue face à lui, blême, terrorisé, effrayé. Il avait enfin trouvé son maître ce chien belliqueux. Et moi, dans la peau du maître, je jouissais pour une fois de le soumettre à ma torture physique et morale.

Après de longues minutes, le voyant dégouliner de sueur, je prenais mon arme, vide, mais qu’il croyait chargée. Il me suppliait avec sa voix tremblante impassible, je lui jouais la roulette russe. Il s’urina alors dessus, tandis que sur sa tempe j’appuyais à vide.

Soulagé de ne pas avoir eu la tête explosée par ce pétard, il reprit des couleurs. Je décidais alors de le détacher après avoir retiré son collier. L'aidant à se remettre debout, les jambes tremblantes et le pantalon souillé.

En l’invitant à méditer à ce qu’il avait vécu, je lui dis de foutre le camp. Un dernier plaisir en l’insultant de fils de P…

Tous les deux soulagés et émus, je le regardais s'enfuir...

Le lendemain, il ne vint pas travailler et ce durant de nombreux jours, sûrement traumatisé à son tour de cette leçon que je lui avais donnée.

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