mercredi 24 octobre 2012

La farce du boucher...


Nous sommes en novembre 1987,  rue du poteau, dans le 18ème arrondissement de Paris. Monsieur Norbert est bien connu dans cette rue commerçante puisqu’il est artisan boucher de père en fils depuis 1902. Il travaille énormément,  car il a le souci de servir des produits de qualité à ses fidèles clients. Ses viandes sélectionnées avec une extrême rigueur, en font une excellente boucherie, très réputée. Il est un personnage emblématique dans le quartier, emploie deux serveuses, un commis ainsi qu’un apprenti.

Son épouse, Thérèse, a décroché de la viande pour accorder du temps à son petit fils, Mathieu afin de soulager sa fille. La personnalité de Thérèse est elle aussi très appréciée car son humour, son empathie, son rire éclatant, et son engagement dans les associations de quartier fait d’elle une femme respectable.

Thérèse a consacré beaucoup de son temps au développement de la boucherie, cependant, elle qui a fait des études de langues, aurait aimé utiliser ses compétences à autre chose que de vendre des faux filets, rôtis et tournedos.

Ce dimanche là, faute d’une vendeuse absente, elle vient en renfort pour assurer la caisse. L’afflux de monde, comme chaque dimanche se veut important, et les habitués défilent. Les lapalissades se faisant, chacun parle de l’actualité de la semaine, de la pluie et du beau temps. Thérèse, consensuelle, adhérait aux propos sans jamais s’étaler, souriait, blaguait, et encaissait. Tandis que son époux, entre le billot, la rôtisserie et les frigos, coupait, tranchait, déplumait,…

Soudain, un inconnu rentra dans la boucherie, élégamment apprêté, courtois et souriant, son visage était rieur, discret et séduisant. Il commanda un tournedos et un petit rôti de veau auprès de Monsieur Norbert. Thérèse, laquelle était habituée a encaisser ses anciens clients sembla tellement apprécier ce nouveau venu, qu’elle en fit une erreur de rendu monnaie.

L’inconnu, honnête homme, releva discrètement l’erreur de monnaie en sa faveur auprès d’elle.  Confuse, elle le remercia pour son honnêteté. Il lui rendit donc le billet trop perçu, et effleura la main de la commerçante, laquelle avait semble t’il été troublée.

Le dimanche matin passé, la boucherie fermait à 13 heures, et l’éternel quotidien reprenait sa route. Le déjeuner dominical en famille, les péripéties de leur fille, les jeux avec le petit fils, le prix de la viande, les projets de travaux à la campagne, la sieste de Norbert, l’école des fans…

Les jours passèrent et Thérèse venait plus régulièrement à la boucherie prétextant qu’elle avait besoin de voir plus souvent ses clients, cependant, son seul souhait était de revoir cet inconnu. Au bout de quelques jours ce fut le cas et engageant la conversation, elle découvrit qu’il était un voisin proche de leur habitation. Il louait ce pied à terre pour un court séjour, il avait une mission de quelques mois en France. Il venait de Stockholm, parlait français avec un accent ravissant.

Intéressée, Thérèse sympathisa avec lui, son époux toujours fort occupé ne s’interrogeait en rien sur l’attitude de son épouse vis à vis de ce bellâtre. Il lui glissa un jour une carte de visite avec son numéro de portable dans le creux de la main. Thérèse prit celle-ci et s’empressa de la ranger discrètement dans sa poche.

Des jours durant, elle n’osa appeler, puis, après un dimanche fort ennuyeux, elle prétexta une fatigue soudaine et l’appela. Ils se donnèrent rendez vous un après midi, non loin de la rue des Ternes pour y boire un verre, discutèrent puis se quittèrent. A quelques reprises, ils répétèrent ces entrevues, lesquels devenaient de plus en plus tactiles, jusqu’au jour où ils cédèrent à la tentation, bien qu’elle fût de 15 ans son aînée.

Ils se virent régulièrement dans l’appartement de ce suédois sulfureux. Thérèse reprenait de la distance vis à vis de la boucherie, pour s’adonner à des joutes torrides.

Norbert, pris par le travail faisait fît de ne rien remarquer, cependant, connaissant parfaitement son épouse, il finit parse douter. Un après midi, il se libéra exceptionnellement de sa boucherie pour planquer et constater le rituel mis en place avec cet homme. Il les observa, la vit monter avec lui dans cet immeuble, prirent l’ascenseur, puis s’isolèrent.

Norbert, trahi, gardait son sang froid, pénétra l’immeuble, vit la concierge et prétexta qu’il devait déposer un colis a cet homme suédois. Ainsi, il put, découvrir l’étage et le numéro d’appartement, puis monta discrètement. Il se posta longuement devant la porte, avec le désir incessant de les surprendre. Il ne le fît pas, resta prostré derrière cette porte, tétanisé et abasourdi. Il les écouta rire aux éclats puis après quelques mots salaces nourris de silences, le rythme s’accentua d’orgasmes et cris incessants. Norbert, confus, blême, le cœur battant la chamade décida de partir les jambes tremblantes.

Il retourna à la boucherie et reprît le cours de sa vie bien qu’ayant des absences, il honorat sa clientèle. Parfois absent, il prétextait une grippe. La fin de journée venue, Thérèse revint munie d’un sac « bon marché », guillerette, elle compta comme à son habitude la recette du jour.

Les jours passèrent, et Norbert prenait sur lui pour ne faire apparaître aucun soupçon.
Puis un mercredi après midi, sachant que son épouse devait garder son petit fils, il quitta la boucherie, prétextant un rendez vous à la banque.

Il se rendît alors chez cet homme, discrètement monta puis frappa à la porte et s’invita à rentrer. La porte close, un bruit court et assourdissant d’un homme résonna puis le silence revint. Norbert quitta les lieux après quelques instants, soulagé, et serein, il fit des allers retours par l’escalier de service pour charger son véhicule de quelques valises. Son flegme ne laissait transparaître aucune émotion.

Il rentra chez lui, conservant ses valises jusqu’à la nuit tombée, puis, très tôt le matin, il se leva pour travailler et faire ses préparations culinaires.

La farce et autres viandes hachées avaient ce jour là une saveur particulière. Il fît une offre promotionnelle sur ces produits préparés à base de farce. Il conseilla même avec une pointe d’humour à ses clients de consommer cela avec une pointe d’aneth. Il prît même le soin de faire goûter à son épouse sa nouvelle préparation culinaire qu'elle savoura d'ailleurs sans retenue.

Thérèse, aigrie durant de nombreux jours, n’avait plus de nouvelles de son bel inconnu et finit par reprendre le cours de sa vie songeuse et nourrie d’espoir…

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