mercredi 17 octobre 2012

Le parking

Assis à mon bureau, sous le velux, le temps était couvert et le cliquetis de la pluie rythmait la méditation dans laquelle j’étais plongé. Depuis des jours, je ruminais, je songeais à des scénarios, pour enfin  me faire plaisir.

Ce type qui sournoisement avait nui  à ma carrière pensait m’avoir fait enfermer dans un placard. Il avait le pouvoir de manipuler ses collaborateurs, lesquels lui témoignaient un dévouement presque sans borne. Tel un gourou, ils étaient de gentils fantassins soumis à sa hiérarchie et obéissaient fidèlement à ses instructions.

Ce type là avait toujours un discours très moralisateur, citant régulièrement les plus grands auteurs. Régulièrement, il faisait des références à l’histoire et imageait ses propos à l’aide de photos qu’il prenait. Avec un auto satisfecit démesuré. Son talent d’orateur suffisant et ses quelques références littéraires faisaient vibrer ses soldats. Ils vouaient cet homme au rang de demi Dieu lequel prenait parfois la place du père qu’ils auraient peut être aimé avoir.

Pour ma part, je ne le voyais pas du tout comme ça. Je me méfie toujours de ceux qui parlent souvent trop bien en général, ce sont de somptueux personnages infâmes et immoraux.

Je me rappelle l’avoir entendu lors d’une réunion faisant un parallèle entre les cadenas et les freins que les commerciaux peuvent avoir auprès de leurs clients. Je trouvais ça assez risible d’ailleurs, car ce même type est capable de nuire à quelqu’un juste parce qu’il n’aime pas son visage, son attitude ou tout simplement parce que c’est un homme. Par contre, si l’on a le plaisir d’être une femme jeune dotée d’une plastique généreuse, alors son démon de midi ouvrira grand les portes du paradis professionnel.

A priori, je n’étais qu’un homme et ma gueule ne lui plaisait pas. Ca tombait bien finalement. J'étais convaincu de la réciprocité de notre désaffection. Simplement, ce type avait le pouvoir de nuisance que je n’avais pas. Je n’avais pas non plus le vice de faire d'importuner une personne gratuitement. J’étais profondément pacifiste, mes idéaux et mes convictions convergeaient plutôt en faveur du compromis.

 Quand je suis arrivé dans le secteur de ce type, j’ai tout de suite vu son plaisir naître à l’idée de pouvoir me créer des ennuis. Moi qui m’étais opposé à la femme d’un de ses amis dans le travail, j’étais désormais comme une souris face à un chat aux dents et griffes affutées. Le prédateur se méfiait de moi, car j'étais aussi très agile et mon esprit vif et affuté pouvait parfois faire preuve d’insaisissabilité.

Au fil de l’eau, je m’apercevais de la supercherie vengeresse et de la manipulation de ses soldats. Tout devenait prétexte à remettre en question mon travail, sans compter la pression morale et son harcèlement dans le seul but de me faire craquer. J’avais failli céder à un moment mais j’avais une faculté à me reconstruire assez étonnante. Après quelques semaines de doutes au cours desquels mes adversaires pensaient m’avoir complètement désarmé, je me reconstruisais. J’avais rapidement décidé de reprendre le dessus et il était temps pour moi de me faire plaisir…


Je m’étais mis en tête de voir ce qui se cachait derrière ce personnage avec tant d’assurance. Et pour cela, il me fallait voir ce sale type dans un autre contexte et lui faire payer le prix de sa bassesse. Lui, qui se permettait d’embrasser des jeunes femmes dans le cou, les mains baladeuses et le regard lubrique, me faisait vomir.

Il était marié à une femme élégante et "classe", elle semblait bien éduquée. Lui,  avait un physique de vieux taureau recroquevillé et inélégant, l’œil constamment à la recherche de seins et de fesses bombées. Je n’avais aucune pitié pour ce personnage abjecte, et, même son traitement contre le cancer ne le rendait pas plus Humain.

J’avais soigneusement pris le temps d’observer ses habitudes, ses horaires, ses lieux de stationnement, et pris son adresse. Ainsi, au fil des jours, je savais tout de ses habitudes. Les restaurants dans lesquels il déjeunait régulièrement, les magasins dans lesquels il faisait ses achats, sa pharmacie, son pressing, etc…

Plus je savais de choses sur lui, plus il devenait fragile  et vulnérable à mes yeux. Les jours et les semaines passaient et  je me conditionnais de plus en plus dans la peau de celui qui allait le ridiculiser. Le vice s’emparait de moi et je prenais plaisir à imaginer mon piége. L’idée de l’arroseur arrosé m’excitait, et je voulais le voir effrayé, sous ma gouverne, me suppliant.

Je me documentais sur internet et passais commande de quelques objets utiles à ma petite parade. Je m’étais doté d’un masque et de gants blancs, d’un appareil utile me permettant de modifier ma voix, d’un collier électrique pour chiens dangereux. J’avais négocié à la Goutte d’or avec un mec qu’on m’avait indiqué pour acheter un pétard, de la mousse lacrymogène et un poing américain. Résonnait en moi régulièrement la phrase suivante : « tu vas voir fils de P… ». 

Chaque lendemain, mon stratagème se mettait en place et sa vie finissait par être en ma possession. Il ne se rendait compte de rien  mais je finissais par tellement le connaître que j’en arrivais à contrôler sa vie. Il devenait alors à son tour un petit soldat soumis à des automatismes navrants. Je retournais travailler sagement chaque jour et plus mes plans se dessinaient, plus j’étais serein dans mon job.

La pluie continuait ses cliquetis sur mon velux, et j’étais à la dernière étape de mon plan. Les horaires étaient inscrits, comme pour un braquage. Toutes ses habitudes  était chronométrées, minutées, calibrées. Les plans étaient minutieusement tracés et il ne me restait plus qu’à choisir le lieu dans lequel j’allais prendre au piège ma proie.  Bref, j’étais devenu un prédateur et je le possédais. Il était devenu mon petit pantin et désormais j’étais prêt à jouer avec lui.

Je devais me décider sur une seule chose et la méditation m'aidait à affiner mes plans. Devais-je le ridiculiser devant son épouse ou seul ? Devait-il y avoir un témoin qui puisse le voir dans une position de soumission ou seul, face à moi, dominant ce pauvre type.

Le tonnerre grondait, l'orage redoublait de violence et la pleine lune luisait. L’autre moi-même avait pris sa décision, je prenais un dé pour que le hasard confirme la meilleure situation. Un chiffre pair, je le ferai en présence de son épouse ou impair je le ridiculiserai seul.

Je lançais ce dé et le chiffre 5 était sorti triomphant. J’allais donc le coincer seul.

Le soir venu, je préparais donc mon attirail et filais en direction du lieu tenu secret. En planque et soigneusement je préparais mon rituel. J’avais réussi à m’infiltrer dans son parking. Au bout de quelques minutes, vers 22 heures, il arriva fièrement au volant de sa BMW, se gara dans son box, saisit sa mallette, ferma sa voiture et arpentait sans crainte le couloir de son parking. Cagoulé derrière lui, ma voix modifiée et mon attirail à la main, je le surprenais.

Je le saluais d’une voix sombre, il en était terrorisé. Sa voix tremblante me répondit. Je lui demandais de stopper son pas et, il voulut se précipiter pour rejoindre son ascenseur, un mouvement brutal pour le stopper et lui pointais mon arme. Il obéît à mes ordres, me proposant de l’argent. Sereinement, je l’invitais à se rapprocher de sa voiture. Je l’attachais puis lui enfilais le fameux collier pour chien dangereux. A genoux, je lui demandais de déclamer quelques belles citations et autres faits historiques. Il avait perdu tous ses moyens. Quand on perd ses repères et sa suprématie, on perd également sa verve et sa confiance. A chaque fois qu’il se trompait, je lui envoyais des décharges électriques, lesquelles variaient d’intensité selon le niveau d’erreur commises.

Un défilé de récitations et de questions d’histoires s’offraient à lui et progressivement, il devenait mon animal soumis, obéissant. Je faisais semblant de charger mon flingue face à lui, blême, terrorisé, effrayé. Il avait enfin trouvé son maître ce chien belliqueux. Et moi, dans la peau du maître, je jouissais pour une fois de le soumettre à ma torture physique et morale.

Après de longues minutes, le voyant dégouliner de sueur, je prenais mon arme, vide, mais qu’il croyait chargée. Il me suppliait avec sa voix tremblante impassible, je lui jouais la roulette russe. Il s’urina alors dessus, tandis que sur sa tempe j’appuyais à vide.

Soulagé de ne pas avoir eu la tête explosée par ce pétard, il reprit des couleurs. Je décidais alors de le détacher après avoir retiré son collier. L'aidant à se remettre debout, les jambes tremblantes et le pantalon souillé.

En l’invitant à méditer à ce qu’il avait vécu, je lui dis de foutre le camp. Un dernier plaisir en l’insultant de fils de P…

Tous les deux soulagés et émus, je le regardais s'enfuir...

Le lendemain, il ne vint pas travailler et ce durant de nombreux jours, sûrement traumatisé à son tour de cette leçon que je lui avais donnée.

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