vendredi 30 novembre 2012

Tout est question d'angle de vue



Sais-tu, cher lecteur, d'où vient l'expression "menteur comme la lune" ?
Eh bien figure-toi que la lune prend la forme d'un "C" lorsqu'elle est décroissante, et d'un "D" lorsqu'elle est croissante.
Quelle coquine, la lune, tout de même !
Mais sais-tu aussi qu'elle ne se joue de la naïveté des hommes que dans l'hémisphère nord ?
Eh oui, au sud de l'équateur, elle présente un visage conforme à son humeur.
Aurait-elle moins peur de déplaire ? S'efforcerait-elle de ménager la susceptibilité, de ces hommes et femmes, déjà échaudée par le soleil ? Ou veut-elle simplement leur rappeler - nous rappeler - que la vérité ne peut être que relative ?...
Tout cela pourrait être anecdotique si cela ne nous menait tout droit vers le choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington dans les années 90.
En effet, des "allumés" brûlent une épicerie casher et notre président irait jusqu'à se faire circoncire pour exprimer son outrance et son soutien total à la communauté juive.
Réaction parfaitement légitime.
En revanche, ce même président n'hésite nullement à soutenir l'international djihadiste pour renverser un pouvoir, certes clanique et peu démocratique, mais laïc, et cela au risque de massacrer les minorités et de tuer à petit feu la majorité modérée et laïque des sunnites.
Vous êtes ahuris par cette affirmation ? Nous sommes nombreux à l'être, depuis 20 mois, de la position de notre pays, la France.
Le pays des droits de l'homme, le pays des penseurs libres, le pays de la liberté d'expression est devenu celui où les journalistes relaient sans vérification aucune des affirmations mensongères issues du Quai d'Orsay et d'un organisme inconnu de tous, localisé outre-Manche, et proche du Foreign Office... et de la confrérie moderne, laïque, libérale et progressiste des "Frères Musulmans".

La France fille aînée de l'église ?
Pardon, c'est de l' Histoire peut-être, mais certainement de l'histoire ancienne.
Le dernier pays arabe où les chrétiens, fiers d'être arabes et chrétiens, fêtent Noël et Pâques avec plus de passion et d'extase que dans nos villes et villages en France, ces mêmes chrétiens, majoritairement francophiles et francophones, se retrouvent livrés aux barbus sortis d'un outre-tombe moyen-âgeux qui dans le meilleur des cas leur réserveront la haine et l'humiliation et dans le pire des cas, une mort redoutable. 
Et grâce à qui ? A la nouvelle politique française en marche depuis 5 ans.

Ainsi la cohérence politique, ami lecteur, serait-elle tout aussi relative que la vérité ?
La France aurait tellement gagner à mettre de l'huile dans les rouages diplomatiques plutôt que de la jeter dans le feu qui consume le berceau des civilisations.
La France aurait simplement fait honneur à ce qu'elle est réellement : un phare voire le phare de l'humanité.
La France n'a pas pour vocation à oublier ses fondamentaux pour plaire à quelques roitelets sortis du désert et qui, malgré toutes leurs gesticulations, ne pourront s'offrir ni histoire ni civilisation, quand bien même devaient-ils y consacrer tous leurs pétro-dollars.
Soyons donc cyniques : le choc des civilisations aura bien lieu et il sera mené par des pays qui n'en ont pas soutenus par des pays qui ont oublié la leur !

Mais peut-être n'est-il pas trop tard pour mettre un terme à ce suicide collectif lâchement porté par l'amnésie collective : revenez Descartes, Voltaire, Hugo, Rousseau, et vous Sartre et Molière, Camus et Corneille, la patrie a besoin de vous !

lundi 26 novembre 2012

La pointe du château



Mes muscles se tendent, je commence à suer. Mon souffle devient plus court, je peine vraiment dans cette montée escarpée. Je cours depuis une trentaine de minutes sur le sentier des douaniers surplombant la mer, slalomant entre les roches, les flaques d’eau, les zones de boues et les branchages. La vue est magnifique, presque magique. Bien que le temps soit calme, la mer, elle, est agitée, signe d’une tempête nocturne passée. En ce dimanche, certains vont à la messe, moi je me décrasse et évacue le stress et les excès de la semaine. J’arrive péniblement en haut de la colline et admire un court moment le point de vue. 

Mon regard est alors attiré par des gyrophares, en bas près de la plage. Je vois au loin un petit groupe affairé près des rochers. Poussé par la curiosité, je décide de reprendre ma course, d’accélérer le pas et d’aller voir de plus près de quoi il en retourne. 

Franchir le cordon de sécurité ne me prit que quelques minutes, le temps de discuter avec l’adjudant de gendarmerie et de décliner mon identité.  Bien qu’ils n’aiment pas beaucoup les flics de la capitale, il me laisse fouiner autour de la scène de crime… ou d’accident. On ne sait pas trop, vu que le type gisant entre les rochers de granit a la tronche et les membres éclatés. Son va et vient nocturne entre la mer et les rochers, lessivé par les galets, a totalement disloqué ses membres et éclaté son crâne. La mer a emporté son sang à la descendante, le macchabée est certes trempé, mais tout sec ; de ses plaies ouvertes ne jaillit aucun sang. 

A première vue, il s’agit d’un notable. Son costume Armani est en lambeaux, sa Rolex au poignet a résisté aux chocs… bonne came ! En tout cas, s’il y a eu meurtre, ce n’est pas pour vol. Il a encore ses papiers, son pèse et sa montre.
Hervé B. est bien un bourgeois Rennais, chirurgien et homme politique local.  Un homme sans histoire, juste attiré par les femmes… mais quel homme ne l’est pas.

L’autopsie ne révèlera rien de particulier sur les causes du décès. Il avait certes absorbé une grande quantité d’alcool et pris quelques rails de coke avant sa mort, mais il s’est tout bonnement et simplement éclaté sur les rochers en glissant… c’est ce que dira le légiste. Affaire classée.

Cependant, de retour de ces quelques jours de congés, dans le TGV qui me ramène à mon triste labeur, je repensais à un détail troublant. Il m’a semblé voir des traces de liens autour des poignets du défunt, quelque chose de très superficiel. Ces marques ont du peu à peu s’estomper, d’où l’absence de remarques dans le rapport.  Des idées bizarres me trottaient dans la tête. A-t-il été séquestré, ligoté, drogué et poussé de la falaise ? Est-ce un jeu avec une maitresse qui a mal tourné ?

Les gendarmes ont examiné les rochers alentours et ont fait le tour de la pointe du château, sans aucun résultat. Je dois me faire des idées, je me replonge dans le journal local. Le Tregor relate les histoires de pêches à pieds, week-end de grandes marées oblige. Peu à peu, bercé par le tanguement du train, je m’assoupis…

L’affaire me perturba toute la semaine… jusqu’à ce que je retombe sur Le Tregor en cherchant du papier pour allumer un bon feu de cheminée. Bon sang ! La nuit du décès était une nuit de très fort coefficient. Le corps a été découvert à mi-marée, à la descendante. Les gendarmes n’ont donc pas tout exploré. 

M’étant amusé petit dans le secteur autour de la pointe, je savais pertinemment que la roche était truffée de galeries et de blockhaus datant de la 2nde guerre mondiale. Blindés d’explosifs et d’obus, les lieux avaient été murés, il ne devait normalement subsister aucune entrée.

Je saisis mon smartphone afin de vérifier les prochaines marées sur la zone… Malheureusement, il faut attendre plusieurs mois avant de retomber sur des coefs aussi élevés. Je joins cependant des collègues du service de St-Brieuc et leur demande d’aller faire minutieusement le tour de la pointe à la prochaine marée basse. 

Quelques jours après, coup de fil des collègues Bretons… Rien à signaler ; je m’en doutais.

Mon doigt glisse sur le calendrier, la prochaine grande marée est dans 4 mois. J’y serai !

Je débarque à la gare, appelle un taxi et me rends sur le port. Je passe mon après-midi à flâner sur les pontons, à faire le tour des rades, à taper la discute avec les locaux. Le soir venu, je m’attable à La Marie Galante, commande un plateau de fruits de mer et un petit Châblis. La marée est totalement basse dans deux heures, j’ai amplement le temps de me délecter.

Mon Sig Sauer dans une poche, une lampe torche dans l’autre, je prends le chemin du littoral qui me mène à la pointe du château. La nuit est claire, l’air est doux, il ne pleut pas, ce qui rend la promenade plutôt agréable. En cette saison, en pleine semaine, en pleine nuit et en pleine lande, il n’y a pas âme qui vive. Tout du moins sur les premières centaines de mètres, car à l’approche de la Pointe, la lande se remplit. Des petits groupes de personnes se dirigent vers la pointe. Cette situation est suffisamment étrange pour que je décide de faire venir du renfort. J’appelle les collègues de Saint-Brieuc, ils seront là dans une heure. Le temps de passer cet appel, et la lande est redevenue totalement paisible… plus personne. Où sont-ils passés ?

Je fais le tour de la pointe, scrute la lande… aucune trace ! Je décide alors de refaire le tour, non pas en haut, mais sur la plage. A marée très basse, c’est possible. Mais c’est vaseux, je m’enfonce, c’est une horreur. J’aurais dû m’équiper. Je fais quelques pas dans la mélasse et me retrouve sur une bande de sable plus dur. Bingo, il y a un paquet de traces de pas qui convergent vers une faille entre les rochers. Je me glisse dans le faible orifice qui vraisemblablement n’est dégagé que lors des très grandes marées. Je marche quelques instants sur les galets, je sens que ça monte. Je m’enfonce dans les entrailles de la pointe.

Mon téléphone vibre et me fait sursauter. Les collègues sont arrivés, je leur demande de rappliquer au plus vite. Ils mettent de longues minutes à trouver l’entrée, malgré mes explications précises. Nous progressons à trois dans un étroit tunnel et arrivons dans une petite salle. Le tas de galets entassés me laisse penser qu’ils doivent plus ou moins boucher l’entrée afin d’éviter toute visite importune.

Nous allons plus en avant. Peu à peu des murmures, puis des paroles, puis de la musique, puis des petits cris se firent entendre. Nous arrivâmes dans une immense salle creusée dans la roche. Je pense que nos hôtes furent aussi surpris que nous. La grotte est transformée en une espèce de temple, avec des pupitres, des flambeaux, des sièges, des symboles cabalistiques. L’encens rend l’atmosphère encore plus mystique. Mais c’est surtout le mélange des corps qui nous frappe alors. Nous sommes tombés dans une immense partouze de notables aux accents de messe noire. Bouteilles de St-Emilion, petits canapés, crustacés, rails de coke, vodka… la bourgeoisie locale ne s’ennuie pas. 

Un grand type vêtu d’un seul tablier vient à notre rencontre… visiblement le maitre des lieux. Nous affichons nos plaques, il nous demande alors de procéder aux interpellations en douceur. Nous bloquons toute sortie, appelons la gendarmerie locale et attendons que tout ce beau monde se rhabille.  Je prends à part le maitre de la pointe et commence à l’interroger. 

A chaque grande marée, les membres de ce « club très privé » vient s’enivrer au sein de cet espace atypique. Rien de grave en soit, chacun fait ce qu’il veut avec son cul… mais j’en viens au problème de la coke à profusion et à la mort suspecte d’Hervé B. Ce notaire local se met rapidement à table. Il est désespéré de ce qui est arrivé. Il m’explique qu’Hervé B. avait énormément picolé ce soir là, qu’il aimait les postures sado-maso et que souvent il devenait violent sous l’emprise de la coke. Ils l’ont alors éjecté des lieux et demandé de rentrer chez lui. Ils n’ont découvert son corps que le lendemain midi au changement de marée… l’un des membres, voisin, a alors appelé la gendarmerie comme un témoin qui promenait son chien. S’ils n’ont rien dit, c’est qu’ils voulaient préserver leur Avre de débauche, rien de plus.

Cette enquête inhabituelle donnera sans doute lieu à une inculpation pour consommation de stupéfiants, associée à une inculpation pour mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance. L’endroit sera sans doute vidé et définitivement muré… ou pas.

Mon téléphone vibre alors une nouvelle fois… mon boss, à 3h30 du mat ? Furieux d’avoir été réveillé par le ministre, il m’ordonne alors de lâcher l’affaire et surtout d’oublier ce que j’ai vu. Mon hôte sourit, il a compris. Mes deux collègues, ayant reçu le même type de coup de fil, sont déjà en train de plier bagages. La gendarmerie ne viendra pas.

Le grand type me propose alors de rester. Il m’offre alors une jeune infirmière, nue comme un ver sous sa blouse. Tout un fantasme. 

Etant jeune, j’avais escaladé avec joie ses rochers. Cette nuit, j’escaladerai l’infirmière avec autant de joie.

lundi 19 novembre 2012

Le Proc (2ième partie)

Riri, lui, avait décapité son patron à cause d’un désaccord sur ses congés m’avoua-t-il. Lors d’un abattage sur une concession dans le parc naturel régional du Morvan, ils avaient eu des mots et en étaient venus aux mains. Riri avait réussi à l’assommer, lui poser la tête sur une souche fraiche et dans un geste de folie mais professionnel, il avait abattu sa hache sur le cou de son boss. La lame s’enfonça nette dans le billot, sa tête roula jusqu’à un tas de feuilles. Je n’avais pas senti de remord dans le récit de Riri ni même dans celui de Titi, seulement quelques regrets…
Titi justifiait son acte par un excès de boisson et Riri par une soif de justice ! Tous deux étaient devenus des assassins malgré eux.
Je ne dis pas que je comprenais leurs gestes mais simplement leur destin. Ce que j’avais saisi c’est que la vie en milieu rural est rude et parfois certains habitants rustres pouvaient se laisser aller à certaines manières frustes. Je ne les jugeais pas.
Mon séjour en prison se poursuivait rythmé par la promenade, les repas, la douche et mes discussions avec eux et certains matons. J’avais compris que cantiner me permettrait d’améliorer mes conditions et celles de mes nouveaux amis. Après chaque parloir, je continuais mes distributions, mes codétenus me montraient de plus en plus de considération.
Je réussissais à constituer un clan, des protecteurs au sein de la prison.
Paradoxalement, je me sentais devenir de jour en jour le taulier. J’avais retrouvé la confiance. Mes contacts avec l’extérieur augmentaient, mon avocat me rendait visite quotidiennement. Je lui avais demandé d’enquêter discrètement sur le petit juge et le procureur qui m’avaient si rapidement cloué au pilori. Il avait recueilli quelques informations troublantes.
Mon monde extérieur se reconstruisait progressivement à l’intérieur de la prison. Il ne fallait surtout pas susciter de jalousie mais contribuer généreusement à l’amélioration de la situation de ceux qui pouvaient m’aider et qui seraient redevables… « Tu as 30 secondes pour savoir à qui tu as affaire » souvenir du cours de management du Centre de Perfectionnement aux Affaires et surtout prévoir ce que tu pourras le cas échéant lui demander.
Depuis les années 80, dans le département, un gendarme menait une enquête sur des disparitions de jeunes filles mettant en relief des réseaux proxénètes sado-masochistes et visant un homme en particulier. Sept viols et assassinats avaient été commis entre 1975 et 1979 sur des jeunes femmes de la DDASS déficientes mentales légères âgées de 16 à 22 ans. Il adresse au parquet un rapport accablant. Le procureur qui le reçoit n'ouvre pas d'information pour manque de preuves et demande informellement au gendarme de poursuivre l'enquête. Le rapport est égaré. Mon avocat avait relevé ces informations avec perspicacité. Le procureur mis en cause n’était autre que celui à qui j’avais affaire !
Quelques mois après mon séjour à la pénitentiaire, le gendarme se suicida de deux balles dans la tête des suites d'une longue dépression, excédé de ne pas avoir été pris au sérieux…

mardi 13 novembre 2012

Le Proc (1ère partie)

J’avais réussi à revendre l’entreprise qu’unan auparavant   j’avais rachetée à une grande banque Française, qui dans toute ma vie d’entrepreneur elle-même m’avait soutenu. Deux de mes associés historiques s’étaient sentis lésés par cette vente et avaient engagé une procédure en non-conformité de l’acte de vente. J’ai toujours choisi de ne pas entraver mes décisions au sein de mes entreprises, pas de minorité de blocage et un choix précis des compétences de mes actionnaires…chacun devait m’apporter leur soutien sans pour cela pouvoir décider à ma place !
Un juge d’instruction avait été nommé. L’enquête avait démontré de nombreuses irrégularités. Le « petit juge » affichait un zèle inquisiteur.
Deux patrons de la banque, des amis, avaient disparu dans la nature et une somme d’un milliard cinq cent mille francs avait disparu des comptes de l’antenne régionale qu’ils dirigeaient. Autant vous dire que dans la tête d’un « Robespierre locale » ce genre de somme ne se divise que par trois !
Il est vrai que dans ma vie j’ai souvent usé de paradoxes et parfois manqué de scrupules, au point que certains de mes conseillers m’appelaient à plus de modération. D’autres savaient que pour construire un tel empire, il fallait un peu de folie.
En majorité, ils ne s’en plaignaient pas, car ils étaient  toujours grassement rétribués pour leur « compétences ». Les commissaires aux comptes avalisaient des comptes qui parfois, certaines années, évoluaient curieusement ; ce qui compte dans un bilan, c’est la dernière ligne en bas à droite, le reste c’est de la philosophie !
Je me connaissais « border line » mais aussi immunisé, presque invulnérable ! J’abusais, mais par expérience je savais que plus le mensonge était gros plus il passait. Malheureusement le « petit juge » m’avait vite jaugé !
Lors de ma première présentation, il m’avait placé en garde à vue, puis tout de suite en détention provisoire. Mon avocat criait à l’injustice ! On me passa « les bracelets » puis du palais de justice, on me transporta en fourgon à la prison la plus proche. Une cellule, seul dans le quartier VIP…la pénitentiaire prend souvent connaissance du pedigree de ses clients avant enfermement.
Je trouvais cette situation inédite assez amusante en vérité. Des ors de la république, des palaces, mes villégiatures, du luxe, mes grandes dépenses…je vivais désormais dans 9 mètres carrés, toutes commodités incluses !
A la promenade, j’avais fait la connaissance des autres pensionnaires, mes voisins. Longtemps coupé des réalités de la vie de ce monde grâce à ma fortune, je savais que la « fange », le caniveau avait malgré tout certains attraits. Côtoyer des énergumènes de mon acabit m’apportait souvent le conflit, la guerre. J’étais le seul sûrement à savoir pourquoi j’étais là. Grâce à eux aussi, j’étais privé de liberté.
Ma femme à chaque parloir m’apportait un caddie entier de victuailles que je distribuais à tous mes nouveaux amis qui souvent étaient sans rien.
Deux costauds s’étaient pris d’amitié pour ma petite personne. Titi, un vosgien et Riri, un bourguignon. Titi avait assassiné son meilleur ami lors d’une partie de chasse ! Au casse-croute, après avoir « dégusté » deux ou trois litres de blanc, il lui avait dérobé la bouteille de Ricard que Titi avait soigneusement casé dans sa besace en prévision de la pause du midi. Il l’avait mis en joue et appuyé instantanément sur la détente ! Pas de pardon.
Je savais qu’en sortant j’aurai de belles histoires à raconter. Mon avocat me rendait visite fréquemment et me dit que le procès devrait se dérouler dans dix jours qu’il se faisait fort de démontrer mon innocence.
Je me disais que 20 jours de taule valaient bien cinq cent millions !

lundi 5 novembre 2012

Le Hammam



Journée de novembre tristement ordinaire, en cette fin d’après-midi, je roule calmement en bord de Seine. J’aime profiter de cette vue des péniches amarrées, des arbres en train de se dénuder et des promeneurs égarés. Je stoppe ma Volvo devant cet établissement posé sur l’eau. Restaurant, bar de nuit et Hammam, tout un programme !

Je descends tranquillement la passerelle qui me mène à mon rendez-vous. Une hôtesse m’accueille. Elle est à l’image du temps: terne ; une fille de l’Est, un peu défraichie, larguée à Paris et restée à demeure. Elle me glisse une clé de casier dans la main et m’indique les vestiaires. L’endroit est chaleureux contrairement à mes premières impressions, boisé, style lounge avec une cheminée et des fauteuils clubs. L’espace Sauna, Hammam, massage est au sous-sol, en fonds de cale comme on dit chez moi.

Je passe les sanitaires, me perds un peu dans les méandres des coursives pour au final tirer un rideau et me trouver dans une cabine. C’est ici. J’ouvre mon casier me déshabille… hésite un long moment. Est-ce que je laisse mon attirail au vestiaire ? Me vois mal glisser mon flingue dans mon maillot de bain ! Allez, je laisse tomber, je pose le tout et me faufile parmi les quelques visiteurs pour gagner l’espace Hammam. 

Ouarf, quelle chaleur. J’ai l’impression d’un coup de poser le pied à Dakar ! Le temps d’habituer mes yeux à la condensation ambiante, l’air humide et étouffant, et je perçois mon interlocuteur dans la pénombre. Seules quelques lumières de couleurs diffusent un léger éclairage changeant. Deux pétasses discutent et déconnent à plein tube. Deux vieilles peaux siliconées qui éjectent par leurs pores tous leurs vices emmagasinés. 

L’homme se lève. Svelte, sec et musclé. Il s’approche d’elles, leur glisse quelques mots. Elles se lèvent d’un coup et disparaissent.
 «Assieds-toi » me lance-t-il alors. Et il se colle à mes côtés. Il me parle si près que je sens la chaleur de sa bouche qui surpasse celle du Hammam. Il parle doucement et posément. « Ecoute bien » me dit-il. Il enchaine « je ne répéterai pas, imprime bien tout ce que je vais te dire ». Il rassemble alors toutes les pièces d’un puzzle liant étroitement l’Opus Dei aux entrailles du pouvoir. Des noms, des chiffres, des comptes, des sommes… je n’ai rien pour noter, rien pour enregistrer, rien pour graver. Bordel, j’essaye de retenir un maximum d’éléments. Il me décrit l’autre visage de l’ordre, de la lumière à l’ombre ; m’explique comment cette pieuvre verrouille la société. Mais surtout, il m’indique ou creuser, ou poser la première pierre de mon enquête. 

Puis il s’arrête net, me dis que c’est fini, qu’il faut que je parte. J’ai mes infos, c’est l’essentiel.
Je sors du Hammam et me dirige vers les vestiaires. Je tombe alors sur une des vieilles éjectée du hammam. Elle me sourit, échange quelques mots. Nous sommes quasiment à poil, le contact est assez facile. Elle est là pour le cul c’est évident. Ce lieu doit être connu des libertins. Je la chauffe à mort. A cette heure, juste avant l’apéro, je ne suis pas contre une petite fellation.

Elle me prend par le bras et m’entraine dans un placard à balais. Elle m’enlace, me caresse, m’embrasse et me descend le slip de bain. Elle me prend alors en bouche comme une gourmande, tout en me mettant un doigt dans l’anus. J’avoue que cela fait partie des rares moments où je me laisse aller.
Alors qu’elle me tire sur la bite, les portes claquent. Elle s’arrête nette. Deux hommes ont fait irruption dans les vestiaires, fouillent et semblent nettoyer le périmètre. Nous entendons deux détonations sourdes. Ils ont aussi apparemment nettoyé le hammam. Ils reniflent, cherchent, semblent me chasser. 

Saisi par l’émotion, je crois bien avoir débandé dans la bouche de cette pauvre fille. Elle vient sans le savoir de sauver ma peau. 

J’attends qu’ils partent pour m’extirper de ma cachette fortuite. Ouvre rapidement mon casier, m’habille et m’enfouraille à nouveau. 

Je passe un rapide coup d’œil dans le hammam. La porte vitrée est éclaboussée de sang, il faut que je fille fissa. 

La vieille me regarde. Je lui souris, sors mon flingue et la bute. Direct, une balle dans la tête. Elle avait qu’à mieux me sucer… je plaisante, je ne pouvais laisser un témoin. Rapidement je fonce dans l’autre vestiaire, celui des femmes, et liquide l’autre femme, en train de se rhabiller. Elles étaient là par hasard, elles disparaissent par hasard. 

Je ne peux sortir par la passerelle, j’entends déjà la sirène des condés. Un hublot, je m’extirpe. Une barque, je m’enfuie. Une autre péniche, je m’échappe.

Le moins que l’on puisse dire est qu’au hammam, j’ai eu chaud !

Rechercher dans ce blog

Devenez Membres : soutenez-nous !