lundi 5 novembre 2012

Le Hammam



Journée de novembre tristement ordinaire, en cette fin d’après-midi, je roule calmement en bord de Seine. J’aime profiter de cette vue des péniches amarrées, des arbres en train de se dénuder et des promeneurs égarés. Je stoppe ma Volvo devant cet établissement posé sur l’eau. Restaurant, bar de nuit et Hammam, tout un programme !

Je descends tranquillement la passerelle qui me mène à mon rendez-vous. Une hôtesse m’accueille. Elle est à l’image du temps: terne ; une fille de l’Est, un peu défraichie, larguée à Paris et restée à demeure. Elle me glisse une clé de casier dans la main et m’indique les vestiaires. L’endroit est chaleureux contrairement à mes premières impressions, boisé, style lounge avec une cheminée et des fauteuils clubs. L’espace Sauna, Hammam, massage est au sous-sol, en fonds de cale comme on dit chez moi.

Je passe les sanitaires, me perds un peu dans les méandres des coursives pour au final tirer un rideau et me trouver dans une cabine. C’est ici. J’ouvre mon casier me déshabille… hésite un long moment. Est-ce que je laisse mon attirail au vestiaire ? Me vois mal glisser mon flingue dans mon maillot de bain ! Allez, je laisse tomber, je pose le tout et me faufile parmi les quelques visiteurs pour gagner l’espace Hammam. 

Ouarf, quelle chaleur. J’ai l’impression d’un coup de poser le pied à Dakar ! Le temps d’habituer mes yeux à la condensation ambiante, l’air humide et étouffant, et je perçois mon interlocuteur dans la pénombre. Seules quelques lumières de couleurs diffusent un léger éclairage changeant. Deux pétasses discutent et déconnent à plein tube. Deux vieilles peaux siliconées qui éjectent par leurs pores tous leurs vices emmagasinés. 

L’homme se lève. Svelte, sec et musclé. Il s’approche d’elles, leur glisse quelques mots. Elles se lèvent d’un coup et disparaissent.
 «Assieds-toi » me lance-t-il alors. Et il se colle à mes côtés. Il me parle si près que je sens la chaleur de sa bouche qui surpasse celle du Hammam. Il parle doucement et posément. « Ecoute bien » me dit-il. Il enchaine « je ne répéterai pas, imprime bien tout ce que je vais te dire ». Il rassemble alors toutes les pièces d’un puzzle liant étroitement l’Opus Dei aux entrailles du pouvoir. Des noms, des chiffres, des comptes, des sommes… je n’ai rien pour noter, rien pour enregistrer, rien pour graver. Bordel, j’essaye de retenir un maximum d’éléments. Il me décrit l’autre visage de l’ordre, de la lumière à l’ombre ; m’explique comment cette pieuvre verrouille la société. Mais surtout, il m’indique ou creuser, ou poser la première pierre de mon enquête. 

Puis il s’arrête net, me dis que c’est fini, qu’il faut que je parte. J’ai mes infos, c’est l’essentiel.
Je sors du Hammam et me dirige vers les vestiaires. Je tombe alors sur une des vieilles éjectée du hammam. Elle me sourit, échange quelques mots. Nous sommes quasiment à poil, le contact est assez facile. Elle est là pour le cul c’est évident. Ce lieu doit être connu des libertins. Je la chauffe à mort. A cette heure, juste avant l’apéro, je ne suis pas contre une petite fellation.

Elle me prend par le bras et m’entraine dans un placard à balais. Elle m’enlace, me caresse, m’embrasse et me descend le slip de bain. Elle me prend alors en bouche comme une gourmande, tout en me mettant un doigt dans l’anus. J’avoue que cela fait partie des rares moments où je me laisse aller.
Alors qu’elle me tire sur la bite, les portes claquent. Elle s’arrête nette. Deux hommes ont fait irruption dans les vestiaires, fouillent et semblent nettoyer le périmètre. Nous entendons deux détonations sourdes. Ils ont aussi apparemment nettoyé le hammam. Ils reniflent, cherchent, semblent me chasser. 

Saisi par l’émotion, je crois bien avoir débandé dans la bouche de cette pauvre fille. Elle vient sans le savoir de sauver ma peau. 

J’attends qu’ils partent pour m’extirper de ma cachette fortuite. Ouvre rapidement mon casier, m’habille et m’enfouraille à nouveau. 

Je passe un rapide coup d’œil dans le hammam. La porte vitrée est éclaboussée de sang, il faut que je fille fissa. 

La vieille me regarde. Je lui souris, sors mon flingue et la bute. Direct, une balle dans la tête. Elle avait qu’à mieux me sucer… je plaisante, je ne pouvais laisser un témoin. Rapidement je fonce dans l’autre vestiaire, celui des femmes, et liquide l’autre femme, en train de se rhabiller. Elles étaient là par hasard, elles disparaissent par hasard. 

Je ne peux sortir par la passerelle, j’entends déjà la sirène des condés. Un hublot, je m’extirpe. Une barque, je m’enfuie. Une autre péniche, je m’échappe.

Le moins que l’on puisse dire est qu’au hammam, j’ai eu chaud !

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