lundi 19 novembre 2012

Le Proc (2ième partie)

Riri, lui, avait décapité son patron à cause d’un désaccord sur ses congés m’avoua-t-il. Lors d’un abattage sur une concession dans le parc naturel régional du Morvan, ils avaient eu des mots et en étaient venus aux mains. Riri avait réussi à l’assommer, lui poser la tête sur une souche fraiche et dans un geste de folie mais professionnel, il avait abattu sa hache sur le cou de son boss. La lame s’enfonça nette dans le billot, sa tête roula jusqu’à un tas de feuilles. Je n’avais pas senti de remord dans le récit de Riri ni même dans celui de Titi, seulement quelques regrets…
Titi justifiait son acte par un excès de boisson et Riri par une soif de justice ! Tous deux étaient devenus des assassins malgré eux.
Je ne dis pas que je comprenais leurs gestes mais simplement leur destin. Ce que j’avais saisi c’est que la vie en milieu rural est rude et parfois certains habitants rustres pouvaient se laisser aller à certaines manières frustes. Je ne les jugeais pas.
Mon séjour en prison se poursuivait rythmé par la promenade, les repas, la douche et mes discussions avec eux et certains matons. J’avais compris que cantiner me permettrait d’améliorer mes conditions et celles de mes nouveaux amis. Après chaque parloir, je continuais mes distributions, mes codétenus me montraient de plus en plus de considération.
Je réussissais à constituer un clan, des protecteurs au sein de la prison.
Paradoxalement, je me sentais devenir de jour en jour le taulier. J’avais retrouvé la confiance. Mes contacts avec l’extérieur augmentaient, mon avocat me rendait visite quotidiennement. Je lui avais demandé d’enquêter discrètement sur le petit juge et le procureur qui m’avaient si rapidement cloué au pilori. Il avait recueilli quelques informations troublantes.
Mon monde extérieur se reconstruisait progressivement à l’intérieur de la prison. Il ne fallait surtout pas susciter de jalousie mais contribuer généreusement à l’amélioration de la situation de ceux qui pouvaient m’aider et qui seraient redevables… « Tu as 30 secondes pour savoir à qui tu as affaire » souvenir du cours de management du Centre de Perfectionnement aux Affaires et surtout prévoir ce que tu pourras le cas échéant lui demander.
Depuis les années 80, dans le département, un gendarme menait une enquête sur des disparitions de jeunes filles mettant en relief des réseaux proxénètes sado-masochistes et visant un homme en particulier. Sept viols et assassinats avaient été commis entre 1975 et 1979 sur des jeunes femmes de la DDASS déficientes mentales légères âgées de 16 à 22 ans. Il adresse au parquet un rapport accablant. Le procureur qui le reçoit n'ouvre pas d'information pour manque de preuves et demande informellement au gendarme de poursuivre l'enquête. Le rapport est égaré. Mon avocat avait relevé ces informations avec perspicacité. Le procureur mis en cause n’était autre que celui à qui j’avais affaire !
Quelques mois après mon séjour à la pénitentiaire, le gendarme se suicida de deux balles dans la tête des suites d'une longue dépression, excédé de ne pas avoir été pris au sérieux…

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