lundi 3 décembre 2012

Le Sniper


J’avais été payé par une richissime famille dont un proche avait été vulgairement abattu dans la rue d’une balle dans la tête. Les condés n’arrivaient pas à progresser sur cette affaire. Ils étaient aux dépens des prochaines scènes de crime pour faire avancer l’enquête.

Le quartier de la défense ainsi que les 8, 16 et 17 èmes arrondissements semblaient être les terrains de jeux de prédilection de ce barjot. Il fumait un mec régulièrement depuis bientôt 9 mois. Les études balistiques ne montraient rien de particulier puisque les armes n’étaient jamais identiques et la provenance des cartouches toujours différentes. Tantôt les balles provenaient de Russie ou de Bulgarie, tantôt elles venaient d’Afghanistan, de Syrie et de Libye.

La Police Scientifique n’avait aucune possibilité de retrouver des traces ADN et autant dire que les pays n’étaient pas très coopératifs pour aider à filer ce dingue.

Très peu d’indice exploitable avait  pu être identifié par la Police. Seuls les victimes étaient à peu près profilées. Tous travaillaient dans le quartier de la défense, cadre sup, ingénieurs, issus de secteurs divers, mariés, des enfants.

L’enquête piétinait et moi j’avais bien l’intention de doubler les poulets. Je questionnais les collègues, la famille, les brasseries où ils se sustentaient et même les comptes courants. Mais jusque là, rien. J’étais sec.

Un soir, après avoir fini ma planque, j’avais décidé d’aller faire un tour au stand de tirs pour me détendre un peu. C’était aussi l’occasion d’aller voir quelques bons amis et des anciens flics en mal de gun. Généralement, après une bonne séance, on allait manger au drugstore et on se tirait chacun de son côté. J’étais habitué et connu dans le club et je connaissais quasiment tout le monde ou plutôt je m’étais renseigné sur chacun d'eux.

Ce soir là, Bingo, jour de chance ou déclic instinctif, je croise un type que je n’avais encore jamais vu. Il tirait avec une dextérité digne d’un tireur d’élite et il enchainait les tirs avec une moyenne proche de 10.

Je suis allé voir Bernard, le boss, et lui ai posé quelques questions à propos de ce nouveau venu. Il me dit alors que ce mec avait été initié par Mattéo, un grand black que je croisais parfois. Mattéo travaillait pour un Saoudien en tant qu’homme de mains et j’avais peu l’occasion de le voir car il était souvent en déplacement entre l’Arabie Saoudite et Genève.

Bernard me confia que ce type, qui s’appelle Edouard X avait commencé le tir, il y a de cela environ dix huit mois. Au début, c’était une vraie brelle. Il tremblait à chacun de ses tirs. Il est venu à deux ou trois reprises avec Mattéo, le temps de se faire la main, puis il a pris une licence et venait chaque soir durant de nombreuses semaines.

Au fil du temps et de mes inquisitions, j’ai appris qu’Edouard avait une grande expérience des marchés avec le moyen Orient. C’est pour cela que Mattéo le voyait, certainement pour faciliter quelques affaires avec les Saoudiens.

Mon inconnu, devenu suspect à mes yeux, avait travaillé aussi en Russie et en Ukraine. J’apprenais qu’il avait vendu son cabinet d’affaires il y a de cela environ 9 mois, à la suite d’un divorce avec son épouse. Il  y avait, semble t’il,  laissé beaucoup de plumes. Il dût vendre son somptueux appartement rue de l’Université pour se loger plus chichement dans un deux pièces, porte de Champerret.

Je découvrais par l’une de mes sources que son ex femme, mère de leurs 4 enfants, ayant reçu une éducation hyper catholique s’envoyait en l’air dans des clubs.  Elle fréquentait un maître avec lequel elle se soumettait à des pratiques masochistes, gang bang et autre bondage.

Lui qui durant des années avait durement œuvré pour le bien être d’Anne-Simone et de ses 4 enfants avait fini par découvrir que son ex-épouse était une chienne. Elle aimait se faire prendre en groupe et manger dans une gamelle comme une chienne soumise.

Un de mes contacts m’avait révélé l’identité du maître de la soumise. C’était un parent d’élève de l’école Sainte-Marie à Neuilly sur Seine, là où était scolarisés les enfants d’Edouard. Le fameux Jean y enseignait bénévolement la catéchèse chaque samedi matin. Il travaillait dans le quartier de la Défense pour un grand groupe de cosmétique. Autant vous dire que sous ses airs de gendre idéal, il avait pour réputation d’être un sadique hors pair. Selon les éléments que j’ai pu obtenir des lieux de débauche dans lesquels ils "libertinaient", Jean dominait Anne-Simone. Il adorait se vêtir d’une soutane et punissait sa soumise à chaque confession inénarrable.

Edouard, mon suspect numéro un avait fini par avoir des doutes sur son épouse en découvrant des sous vêtements inhabituels et autres objets de plaisirs soigneusement cachés. Il fît alors semblant de partir en voyage pour affaires quelques jours et espionna sa dévouée. Anne-Simone se rendait au quai 17 dans le 19 ème arrondissement de Paris. Après une longue hésitation, il paya le tarif d’un Homme seul, puis pénétra dans l’enceinte de ce lieu de dépravation.

Au bout de quelques instants, il surprit son épouse à genoux, dans une cage se faisant fouetter en tenue de soubrette par un prêtre lubrique. Il ne put contenir sa rage et sa haine et soudain bondit sur celle qui n’était devenue qu’une chienne à ses yeux. Fou furieux, il cassa la gueule à ce vicelard en soutane avant d'être foutu dehors du club, manu militari, par des molosses.

Rapidement, ils divorcèrent et Anne-Simone, sans pitié, demanda un maximum de fric. Elle prétexta que son mari n’était plus capable d’assumer son devoir conjugal. Elle déclara avoir abandonné sa carrière professionnelle pour le bien être de la famille. En bref, le schéma classique d’une vieille salope embourgeoisée.

Après avoir soigneusement épluché ce fameux jugement de divorce, je m’intéressais de plus près aux victimes. Toutes avaient un profil proche de celui de Jean. Ils étaient tous cadres de grands groupes, les enfants étaient scolarisés en écoles privées soit à Neuilly sinon dans les 8, 16 et 17 ème arrondissement de Paris. Tous avaient une attitude quasi irréprochable dans leur vie profane. Cependant, la totalité de ces hommes avaient fréquenté des clubs libertins dans lesquels Anne-Simone se rendait. Tous avaient profité de ses faveurs à la demande de son amant.. Elle s’exécutait les yeux bandés et le corps ligoté. Elle imaginait s’offrir à d’illustres inconnus, ils n’en étaient pas moins les amis de son maître.  Il les conviait à partager quelques jeux de rôles dans des messes libertines.

Edouard avait soigneusement pris soin de s’informer sur chacun d’entre eux et s’était renseigné par son réseau professionnel sur l’entourage de Jean. Il avait établi une liste et un agenda précis pour les flinguer tous, à tour de rôle. Il s’était longuement entraîné et avait mis à exécution sa vengeance. A cet instant, seul le maître des cérémonies demeurait en vie mais ses jours semblaient comptés.

Selon le rythme auquel notre snipper avait orchestré ses meurtres, il semblerait qu’il opère d’ici une semaine.  J’étais le seul à découvrir le meurtrier, le seul à pouvoir le dénoncer instamment, le seul à faire cesser ces tueries et pourtant, je continuais à l’observer.

Pris entre le bien et le mal, je ne savais plus où se situait la vertu. Devais-je le dénoncer immédiatement ou  le laisser finir son ouvrage ?

Au fond de moi, je savais qu’après ce crime, il n’y en aurait plus d’autres. Devais-je sauver une vie ou sauver un honneur ? Les jours passèrent et je continuais à filer Edouard. Son attitude demeurait calme, assurée et méthodique.

Je m’étais pris de sympathie et de compassion pour cet assassin. Il ne savait rien de moi et je connaissais tout de lui. Je devinais qu’il avait perdu ce qui lui était le plus cher au monde, sa famille.

Après de multiples nuits agitées, le jour J Arriva, je l’observais au loin. Il prit une chambre d’hôtel sous une fausse identité avec une femme, simulant un couple illégitime. Il paya en espèces et fît partir rapidement cette prostituée qu’il avait payée pour lui servir d’alibi.

Je m’étais posté à mi chemin entre l’hôtel d’Edouard et le travail de Jean. J’avais encore cette faculté de sauver une vie et d’en dénoncer une autre. Peu de temps après, tandis que je buvais un café  en terrasse, retentit une balle. Jean avait été abattu avec brio d’une balle en pleine tête.

Les secours arrivèrent ainsi que la Police et je rentrais chez moi. Je laissais quelques jours passer, continuant à filer Edouard pour la forme puis au bout de quelques jours, je le dénonçais à la Police.

Ma mission était accomplie, la sienne également. 

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