lundi 18 février 2013

Idéologie et pouvoir


Ca y’est j’y suis. C’est l’aboutissement de toute une vie, d’un combat continu, d’une lutte sans merci. Mes proches m’ont motivé, mes équipes m’ont soutenu, mon parti m’a élevé, puis le peuple m’a porté au pouvoir. Une poussée populaire m’a propulsé au plus haut de la vague. Je n’ai jamais été aussi entouré, et pourtant je suis si seul.

J’ai toujours cru en moi, toujours été persuadé que le politique pouvait changer le monde. Fidèle à mes idées, assuré de mes paroles, fier de mes actes et certain de mes décisions, je commence à douter. Pire, il m’arrive de percevoir une certaine impuissance et ressentir une forme de honte monter en moi.

Je suis toujours persuadé qu’il est plus que nécessaire d’introduire plus de justice sociale au sein de notre société. Je suis convaincu que le monde court à sa perte dans une course de vitesse folle et dénuée de sens. Je pensais qu’aux manettes, je pourrais changer le cours de l’histoire. Force est de constater qu’à part quelques saupoudrages, je suis incapable de  mener des réformes structurantes. Mes idées se heurtent au mur bétonné de la réalité. J’ai, passez-moi l’expression, les couilles serrées dans un étau.

J’ai toujours ardemment voulu réguler une finance aux actions dévastatrices et inhumaines. Et je me retrouve comme un pion, un simple pion sur un échiquier mondial. J’ai souhaité mettre au pas les multinationales afin de mieux réguler le marché du travail. Et je me heurte à bien plus puissant que moi et suis contraint de céder peu à peu. J’ai pour ambition d’assainir la politique et suis contraint d’avouer que je ne peux éclater un système dont je fais moi-même partie, une sorte de bête immonde que mes propres fidèles alimentent chaque jour. Je suis certain qu’il faut mieux répartir les richesses, mais je ne peux contrôler et agir sur des éléments fortement imbriqués les uns aux autres et interdépendants. J’actionne un levier ; un voyant passe au vert tandis que trois voyants rouges s’allument. Il est alors très tentant de ne rien toucher et croire en l’autorégulation.

Jusqu’ici tout va bien… nous sombrons chaque jour un peu plus dans le chaos. Les caisses sont vides, la misère se répand, la rue gronde. Alors je tente de rassurer le peuple, de le satisfaire à travers des mesures sociétales très symboliques. Mais au lieu de cela je le divise encore un peu plus. Je lui promets des lendemains meilleurs, mais je suis contraint de le ponctionner toujours plus et de le mettre à terre.

Je sais bien que je suis mal aimé et parfois haï. Mais je n’ai guère le choix car je n’ai-je n’ai pas la main sur un kyste économique mondial qui grossit à vue d’œil… il se transforme en tumeur et nous pourrit de l’intérieur.

Pressions à gauche, coups à droite, j’avance sur un chemin de crête. La pression que le peuple porte sur mes épaules me fait vaciller. Je ne sais pas si je tiendrais la distance. La force que j’avais il y a encore quelques mois m’abandonne.  Il est dur et oppressant de maitriser le savoir. D’en connaitre plus que vous, de percevoir encore plus que vous l’étroitesse et la dangerosité du chemin.

J’ai été alerté il y a peu d’un complot. Ils m’ont amené à mon poste mais aujourd’hui veulent me buter. Ils sont partout et très puissants. Je les ai servis mais ils ne peuvent aujourd’hui supporter que je leur résiste. Soit je me plie à leur volonté, soit ils me feront disparaitre… comme auparavant ils ont fait disparaitre d’autres chefs d’Etat. Un attentat, un geste inconsidéré d’un « malade », une embolie pulmonaire provoquée, un accident malchanceux… les idées ne leur manquent pas.

Aujourd’hui j’ai le choix de mettre genou à terre ou de porter mes convictions et de réaliser mes, nos, rêves. Avec un revolver sur la tempe, ai-je réellement ce choix ?

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