vendredi 13 mai 2016

Je t'aime Papa

Il s'est passé du temps...Le temps qui me sépare de vous, de ceux que j'aime.

Les événements s'imposent. Il est temps pour moi de transmettre. Mon père est mort ce matin.
Vraiment ? Oui il est mort ce matin, de dimanche. En 1956 lors des "événements" d'Algérie, il avait reçu une balle en pleine tête, rue d'Isly. Les chirurgiens ne pouvaient retirer le plomb de son crâne sans le tuer immédiatement. Il a donc passé plusieurs mois dans le comas, ma grande tante Olinda à son chevet quotidien sans espoir de recouvrer la vie ; coupé de sa France natale.J'imagine revivant ses années Bretonnes, ses rêves de jeunesse, ses premières amours. Il avait voulu rejoindre l'Eldorado promis par l'Etat Français : l'Algérie dans les années 40. Commerçant, il vendait et représentait la plus grande marque Européenne en Afrique du nord, une réussite.

Les tensions s'accentuaient en Algérie, quelques autonomistes puis indépendantistes vinrent s'intéresser à ses résultats,une rumeur d'agression d'une minorité des citoyens Algériens de l'époque. Il s'était enfouraillé pour se protéger de quelques voleurs et de malveillants encore très éloignés de la capitale mais réelle. Des émeutes et soulèvements des "Indigènes" le conduirent à résister, à se défendre. La France et l'état ne lui permettant pas la protection due. Plusieurs de ces "révolutionnaires" rentrèrent dans son magasin pour tenter de lui voler sa caisse et ses marchandises. Tous armés de PM 49 réactualisés 56 l'ont menacé ! Des pétards de l'armée Française ! Des rebelles utilisant des flingues de leurs ennemis, à n'y rien comprendre pour un ancien sous-officier de la Bif. Y'auraient-ils eu des vols dans les armureries, les jours passés dans les casernes Algéroises, auraient-ils eu des complices ? Certains Français, des conscrits convaincus par les peuples à disposer d'eux-mêmes considéraient l'Algérie comme un territoire non intégrable à la République et même envisageaient la trahison de ces idéaux. Pour lui la France n'avait pas de frontières et encore moins ses idéaux. On lui avait juste permis de migrer de l'autre coté de la Méditerranée, sans ennemi, on lui avait promis de pouvoir simplement s'implanter. Il croyait en lui et ce qu'il représentait. Tout ce que les jaloux en tous genres, buveurs d'âme, pseudo libérateurs souhaitaient le silence, la mort. Il n'était pas à Alger pour le profit, s'enrichir sur le dos d'un peuple asservi, il avait des clients et faisait l'aumône et la charité à ceux qui lui semblaient déshérités. Intégré comme il le ressentait, il savait aider par de petits gestes, de petits dons sans reconnaissances, reconnaissant.

Les chirurgiens n'ont pas réussi à lui retirer cette balle dans le crâne trop dangereuse pour sa survie.

Ce 17 avril, tu es parti d'une tumeur au cerveau, 60 ans plus tard, j'ai mal. Et je repense à quelques mots d'amour.

Des lèvres d'Eluard volent des colombes, sa France, la mienne, la nôtre. Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige et dont vous usurpez le prestige, elle répond du nom de Robespierre, sa France.

Je t'aime.

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